XNoir

Bois ton café, i' va être froid !

Bien qu'il fasse un temps à écouter Radiohead, j'ai mis Mylène Farmer à fond dans la maison. Remarquez, ça n'est pas tellement plus gai, mais c'est léger ! Je ne danse pas, mais ça ne saurait tarder. Déjà, grâce à France Inter, la journée a commencé dans la frivolité assumée. En me lavant les dents, j'ai découvert la chanson d'un clip totalement désuet de feu Rohmer, dont j'ai regardé cette semaine Les Nuits de la pleine lune, avec Luchini et Tchéky Karyo, tout jeunots. Un vrai délice qui, comme tous les films de Rohmer, peut agacer passablement. On y voit Elli Medeiros danser, justement (elle a fait la musique du film avec feu Jacno).
Bon, je vais arrêter de parler de feu. Vous n'allez pas me croire (et vous aurez raison), mais je crois que j'ai trouvé l'homme de ma vie. Il s'appelle Freddy, il est agriculteur dans les Deux-Chèvres et il cherche la femme de sa vie. Ça tombe bien, moi aussi ! Ça part déjà sur de bonnes bases, non ? Il est passé à la télé (ça tombe bien, moi aussi), sur une émission que j'ai découverte fortuitement en réglant le poste, cet après-midi. Ça s'appelle L'amour est dans le pré et c'est une pure merveille. Une belle métis nous fait du Depardon matrimonial et essaie de caser ces pauvres paysans célibataires en mettant en avant leurs atouts et en flattant le col des vaches, qu'elle trouve aussi belles que les vulgaires champs de betteraves sucrières. "C'est boooooooh, la campagne !" Au petit-déj', chez Freddy, c'est patates, oeufs et coup de rouge, avec papa et maman. Invariablement, chaque jour que Dieu fait. Moi qui suis en manque de paternité, je me réjouis d'avance de leur faire découvrir le X Noir au réveil. Arrière-petite fille d'agriculteurs (polyculture-élevage-vigne) en Loire-Atlantique et d'un cocher corrézien, je pense que j'ai toutes mes chances avec Freddy, qui a des airs de petit garçon terriblement sentimental. Trop craquant, Freddy… Pour ceux qui voudraient faire des infidélités aux bulles saumuroises, il y aussi une viticultrice champenoise qui cherche l'âme soeur. Maigrichons s'abstenir.
Sur ce, je vais préparer ma soirée andouillette de Troyes… à trois. Les deux pieds dans le terroir. Et puis je déclarerai ma flamme à Freddy.

Jeux de mains, jeux de vilains

Ma main à couper ! Quand j'ai regagné Le Mans, hier soir, avec mes andouillettes et mon rosé des Riceys sous le bras, j'ai dû éviter les bolides surexcités qui ont croisé mon chemin, agitant des drapeaux algériens. Quatre ou cinq cars de CRS étaient garés dans un coin. Tout ça pour un match qui, pourtant, avait bien tourné.
Ce soir, au 20 heures, loin devant le procès d'AZF, pratiquement dix minutes ont été consacrées d'emblée à cette main qui a qualifié la France pour la Coupe du monde de football. Je ne sais pas vous, mais moi ça m'saoule, ces liesses sportives qui virent à la casse en ville, ces polémiques footbalistiques qui tournent à l'affaire d'Etat. Ça fait un petit moment que même les ballons ne tournent plus rond.
A la limite, dans ce genre de discipline, il n'y a guère que la troisième mi-temps qui m'intéresse vraiment. Le sport, c'est censé rassembler, pas diviser, après tout ! Alors, au lieu de tricher, de polémiquer, servons-nous un petit ballon ou lieu de taper dedans… et sans souffler dedans pour autant !
J'avoue que je ne l'ai pas encore goûté, mais c'est l'heure du touraine primeur. Le gamay est à l'honneur : les durées de vinification ont été réduites au maximum (4 jours contre une dizaine normalement) afin d’extraire tous les fruits et arômes pour un vin souple et friand, caractéristique des primeurs. Après cette macération dite « carbonique », il est mis en bouteille et dégusté dès aujourd'hui. Cette année, on annonce des arômes de cerises et de framboises. Il vous reste tout le week-end pour nous le confirmer, en le célébrant à Blois, à Amboise, à Tours, à Montrichard… Et pas de faute d'arbitrage, s'il vous plaît. On ne rigole pas avec le gamay.

Drôles de bobines

J'ai mangé trois andouillettes de Troyes en trois jours, dont deux de chez Thierry, les meilleures (à Sainte-Savine). J'ai goûté des bulles de l'Aube (comprenez du champagne, et l'un des meilleurs aussi, produit à Montgueux, un terroir microscopique pour le chardonnay, dans un département dominé par le pinot noir).
J'ai rencontré une jeune femme (elle a mon âge !) passionnée et passionnante, qui restaure et crée des vitraux (il n'y en a que huit en France). J'ai interrogé une autre femme tout aussi captivante, à l'Institut français du textile et de l'habillement. Il en existe plusieurs dans l'Hexagone, mais celui de Troyes, capitale historique de la bonneterie, s'est spécialisé dans l'innovation de la maille, comme le tricotage intégral, qui permet de faire des pulls sans couture, ou des matières techniques, qui trouvent des applications dans le domaine sportif (des chaussettes qui boostent les coureurs du Tour de France, par exemple : si, si, Olympia l'a fait avec eux !) ou médical.
C'est assez fascinant, je dois dire, et l'on s'amuse beaucoup dans ces laboratoires, prompts à malmener les fibres. Figurez-vous qu'en fouinant parmi les métiers à tisser high tech, j'ai découvert des petits tricots pour bouteilles. Je sais ce que je vais offrir à Noël à ma bouteille d'X Noir. Un petit fourreau rose assorti à l'étiquette. Après je la plongerai dans un rafraîchisseur (je suis un poil sadique !), et elle va grelotter. Une vraie douche écossaise !

Ode aux macarons de Christelle

Je connais deux Christelle qui sont d'excellentes cuisinières : l'une à Tours, l'autre à Paris. L'une fait du marathon, l'autre de l'équitation. L'une fait des macarons, l'autre des madeleines. Et moi, je les mange. Après l'apéro au X Noir, hier soir, et la succulente pintade façon tajine, arrosée de vacqueyras, les macarons (voir photo) ont fait forte impression sur l'assemblée des gourmands réunis devant un beau feu de bois. Quand on regarde dans le dico, un macaron, c'est tout con : un gâteau de forme arrondie, fait de pâte d’amandes, de blanc d’œuf et de sucre. Tu parles, Charles ! Christelle, elle a mis grosso modo quatre heures pour les faire, en comptant la tarte au citron. Et encore, pour peaufiner sa recette, elle a pris un cours à Tours à table. Pour ma part, j'ai hâte de me remettre aux cannelés, quand j'aurai un four dans ma nouvelle maison. En attendant, je repars à Troyes faire le plein d'andouillettes 5A !
A propos de produits du terroir, notez bien dans vos tablettes l'événement gastronomique international qui se déroulera dans quinze jours, à Tours : Euro Gusto, la biennale du goût et de l'alimentation. Il y aura une oenothèque, des ateliers du goût, un marché des saveurs d'origine françaises ou italiennes (AOC, IGP…), dont les porcs de la Sarthe, les fermiers de Loué, le d'Anjou, le chabichou du Poitou… A noter également, des conférences sur les paysages viticoles (où il sera question de la Charte de Fontevraud) et sur les cépages identitaires (où l'on parlera de notre pineau d'Aunis !).

Train-train pas quotidien

Il m’est arrivé un truc étrange à la gare de Valence. J’avais plus d’une heure d’attente pour attraper peinard mon TGV direct pour Tours. A l’heure dite, je me rends au quai ad hoc, le TGV était là, je vérifie sur l’écran : direction Nantes, arrêt Saint-Pierre-des-Corps, parfait, je monte, je m’installe, le train démarre (pile à l’heure) et j’ouvre le dernier Emmanuel Carrère – un chef-d’œuvre, comme d’habitude. Prête à savourer sa prose avec délectation, je tends mon billet distraitement au contrôleur qui m’annonce, limite désagréable, que je ne suis pas dans le bon TGV – encore une qui s’est plantée. Comment ça ? je lui réponds. Vous allez à Paris, qu’il me dit. Je vous passe les détails de son argumentation, qui restera un mystère pour le restant de mes jours, mais j’ai parfois l’impression de vivre dans la quatrième dimension. Je vérifie tous les paramètres (pouls, température de l’air, sens du vent, points cardinaux…), je prends mon temps (pour une fois) et paf, un grand train me fait sortir de mon p’tit train-train de vacancière insouciante (euh, pas vraiment en fait, mais faisons comme si). Qu’à cela ne tienne, je n’ai pas tout perdu : j’ai invité Philippe et Martine à dévorer une andouillette 5A avec un p’tit pichet de vin dans une brasserie sympa recommandée par Faustine, près de la gare de Lyon, avant de sauter dans mon omnibus noctambule, via Orléans et Blois. Dis, quand est-ce qu’on arrive ?