XNoir

Jeux de mains, jeux de vilains

Ma main à couper ! Quand j'ai regagné Le Mans, hier soir, avec mes andouillettes et mon rosé des Riceys sous le bras, j'ai dû éviter les bolides surexcités qui ont croisé mon chemin, agitant des drapeaux algériens. Quatre ou cinq cars de CRS étaient garés dans un coin. Tout ça pour un match qui, pourtant, avait bien tourné.
Ce soir, au 20 heures, loin devant le procès d'AZF, pratiquement dix minutes ont été consacrées d'emblée à cette main qui a qualifié la France pour la Coupe du monde de football. Je ne sais pas vous, mais moi ça m'saoule, ces liesses sportives qui virent à la casse en ville, ces polémiques footbalistiques qui tournent à l'affaire d'Etat. Ça fait un petit moment que même les ballons ne tournent plus rond.
A la limite, dans ce genre de discipline, il n'y a guère que la troisième mi-temps qui m'intéresse vraiment. Le sport, c'est censé rassembler, pas diviser, après tout ! Alors, au lieu de tricher, de polémiquer, servons-nous un petit ballon ou lieu de taper dedans… et sans souffler dedans pour autant !
J'avoue que je ne l'ai pas encore goûté, mais c'est l'heure du touraine primeur. Le gamay est à l'honneur : les durées de vinification ont été réduites au maximum (4 jours contre une dizaine normalement) afin d’extraire tous les fruits et arômes pour un vin souple et friand, caractéristique des primeurs. Après cette macération dite « carbonique », il est mis en bouteille et dégusté dès aujourd'hui. Cette année, on annonce des arômes de cerises et de framboises. Il vous reste tout le week-end pour nous le confirmer, en le célébrant à Blois, à Amboise, à Tours, à Montrichard… Et pas de faute d'arbitrage, s'il vous plaît. On ne rigole pas avec le gamay.

Ma vie sans voiture (1)

Ça fait un bail que je ne vous ai pas fait partager une histoire de train. J’en ai une bien bonne à vous raconter. Ce matin, avec Pierre-O, on décide de prendre le Corail pour aller à notre réunion, à Orléans. De toute façon, je n’ai plus de voiture. Lui en a une, mais bon, on est écolos ou on l’est pas. D'une nature anxieuse, on prévoit large : arrivée à 12 h 20 pour un comité de pilotage 14 heures, « ça le fait ». Comme ça, on déjeune sur place, tranquilles.
Déjà, le train est resté bloqué trois-quarts d’heure entre Tours et Amboise à cause d’un défaut de signalisation. Après, comme prévu, il s’est arrêté dans toutes les gares. On arrive aux Aubrais, l’équivalent de Saint-Pierre-des-Corps pour les Orléanais. Le Corail repart. Pierre-O : « Il prend beaucoup de vitesse, pour un train qui va s’arrêter à Orléans, non ? » Et moi d’acquiescer, avant d’aviser la contrôleuse. Laquelle contrôleuse, écrasée sous sa casquette, nous avoue benoîtement qu’il y a eu un petit changement informatique sur les billets et qu’on est pas les seuls à en pâtir. Comprenez : « Vous filez droit sur Paris, les amis ».
Autrement dit, on avait attrapé le pompon, et on était bons pour un tour de manège gratuit. Mais comme nous sommes chanceux, tenez-vous bien, nous avons gagné quinze minutes sur les trois-quarts d’heure de retard, donc nous sommes arrivés en avance à Austerlitz (l'estomac dans les talons) pour sauter dans un Corail qui, lui, partait dans l'autre sens, en retard, en raison d’un incident aux Aubrais (rien à voir avec notre incident à nous, bien sûr ; il en faut pour tout le monde). Vous avez suivi ou sauté du train en marche?
J'en termine : nous arrivons à Orléans avec seulement trois heures de retard. La prochaine fois, j’y vais à cheval avec un casque à pointe, en hommage à la Pucelle. Quant à Pierre-O, je lui ai conseillé le Segway (le gyropode, c'est son p'tit nom). Pour être certaine que, sur les deux, il y en ait au moins un qui arrive à bon port. Remonter la Loire à contre-courant ? Malheureusement, c’est trop crevant.

Photo : La gare de Perpignan, considérée comme le centre du monde par Salvador Dali, qui en a fait un tableau surréaliste. A la gare d'Orléans, ce matin, c'est la situation qui était surréaliste. A vous d'imaginer le tableau !

L'avis de châteaux

Vous avez sûrement entendu parler de Guy des Cars ? Dans ma mémoire, c'est un auteur prolifique dont ma grand-tante possédait tous les romans aux titres laconiques : La Brute, L'Envoûteuse, La Maudite… Ses détracteurs le surnommèrent malicieusement Guy des Gares, en référence a ses romans de gare un peu faciles… C'est aussi le père de Jean des Cars, qui vient de signer un ouvrage paru il y a trois jours : La véritable histoire des châteaux de la Loire (Plon, 25 €).
Pour cet essai, l'historien a sélectionné les dix sites les plus visités : Chenonceau, Chambord, Amboise, Villandry, Cheverny, Azay-le-Rideau, Le Clos-Lucé, Blois, Angers et Chinon.
"Rien ne laissait supposer que le Val de Loire puisse devenir la terre d'élection des rois de France", rappelle-t-il. Il est vrai que depuis des siècles, les monarques posaient leurs valises en Ile-de-France. Si j'ai bien compris, il a fallu que Charles VI soit chassé du Louvre pour échouer en Touraine. A l'époque, on vantait déjà les attraits de "la partie la plus grasse de la France", appréciée pour ses pâturages, ses fruits, ses vins… "Pendant cent ans, c'est sur les bords de la Loire et de ses sept affluents que s'élèvent des merveilles. Une autre “vallée des Rois”… Laquelle vallée des Rois reste très plebiscitée : l'an passé, les châteaux de la Loire ont enregistré une hausse de 5 % de leur fréquentation.

Photo : Le château de Chenonceau (quand on met un x à la fin, c'est pour parler de la commune de Chenonceaux), avec ses arches célèbres qui enjambent le Cher, est le monument historique le plus visité de France après le château de Versailles.

Tableaux de maîtres et graffitis d'antan

« La simplicité est la sophistication suprême », écrivait Léonard de Vinci. Pour la première fois, les derniers dessins originaux du maître reviennent au Château du Clos Lucé, à Amboise, où il vécut les trois dernières années de sa vie. C’est d’ailleurs ici que le génie les a esquissés cinq siècles plus tôt. Ce prêt exceptionnel des Gallerie dell'Accademia de Venise (jusqu’au 31 janvier) représente le temps fort de l’exposition consacrée aux relations entre Léonard de Vinci et la France. A Loches, une importante campagne de restauration a été menée sur les peintures du cachot de Ludovic Sforza (réalisées à même le tuffeau en jaune, rouge et gris-bleu), ainsi que dans l’oratoire d’Anne de Bretagne, construit vers 1500 en style gothique flamboyant et décoré tout en finesse.
Bon, d’accord, on s’éloigne du vignoble. Mais Loches est une très belle ville et il s’y passe plein de choses en août : « L’Epopée médiévale », du 12 au 16 août (combats, duels, démonstrations de forge et de machines de guerre… dans l’enceinte du donjon ; jeux anciens, musique et animations gourmandes) ; marché médiéval les samedi et dimanche (plats médiévaux servis tous les jours à l’Auberge du logis, banquet médiéval le vendredi soir) ; grand spectacle gratuit le samedi soir. Autant de festivités à célébrer avec une coupe de X Noir ou de cabernet d’Anjou, bien au frais dans la glacière des vacances.

Photo : L’original de l’« Etude de fleurs », l’une des pièces maîtresses des derniers dessins de Léonard de Vinci, réalisés entre 1516 et 1519. Venise, Galeries de l'Académie, Cabinet des dessins et des gravures, cat. n. 237. Pointe métallique, plume, encre, papier blanc légèrement bruni, 183 X 201 mm.

Orsenna, petits pas et salsa

Hier soir, j'ai papoté un peu avec Orsenna, puis j'ai fait la java. C'était super sympa et, comme toujours en Touraine, dans un cadre fabuleux : celui du Clos Lucé. Le manoir où mourut Léonard de Vinci (tout de même) et un très beau parc arboré qui met en scène ses toiles et ses machines incroyables. Un lieu rêvé, donc, pour écouter un autre génie, Erik Orsenna, à la polyvalence extravagante. Romancier, économiste, conseiller d'Etat… le genre de parcours qui me fascine. Un académicien marin (avec des origines saumuroises) capable d'écrire sur le Gulf Stream, le coton ou l'avenir de l'eau. Là, comme il s'adressait à de jeunes entrepreneurs du CJD, il nous a parlé de la méthode Lean, venue du Japon, qui, grosso modo, s'intéresse à la performance de l'entreprise via une certaine souplesse. J'ai donc bu ses paroles avant de lui offrir un verre de vin (du chenin de chez Jacky Blot) en parlant écologie. Pour moi qui n'ai aucune culture de l'entreprise, cette soirée fut aussi exotique que le repas Renaissance, excellent, qu'un consultant en cuisine historique, sieur Sausin, nous a servi en "vieux françois". Comme la soirée était sponsorisée par X Noir, j'ai été chargée de remettre trois cartons de bulles roses à des inconnues, tirées au sort. Que des Tourangelles, étrange hasard qui m'a valu des quolibets… A ce propos, le monde est petit : il y avait 220 personnes dans la salle, et je me suis retrouvée à côté des patrons de l'unique usine de mon ancien village…
A la suite de quoi la piste de dance s'est ouverte. Sophie, impeccable dans sa longue robe fendue, a assuré, hilare, avec JC. Pas comme moi qui risque la syncope à la moindre farandole. J'ai beaucoup moins de souplesse que la méthode Lean. Cela faisait bien longtemps que je ne m'étais pas déhanchée, alors je me suis quand même un peu lâchée (toutes proportions gardées). Une Margaux qui se lâche reste une Margaux coincée, surtout après un an d'hibernation sentimentale. Bon, ce n'est pas le dégel non plus. Comme dirait Anne Roumanoff, j'ai hésité entre "la louve lubrique" et la célibataire en phase terminale. Aucune des deux formules ne s'est imposée, faute de pouvoir se griser (prendre la voiture alcoolisée sur la levée de la Loire en pleine nuit, c'est déconseillé : d'Amboise à Tours, il y a plus de virages que de bulles dans un verre de vouvray).

Photos : Erik Orsenna et Patrice, goguenards. Fruits rouges, réglisse, pruneaux, chocolat, poivron… autant d'arômes qu'on peut retrouver dans un vin.