Bonnes toiles - XNoir

Clapiers d'étudiants

La journée avait bien commencé. La voix de Pascale Clark, à 9 heures pétantes, sur France Inter, après des mois de sevrage. Ça compense l'absence douloureuse de Nicolas Demorand. Que voulez-vous, on s'attache. Le premier morceau qu'elle passe est le dernier de Philippe Katerine, un délire salutaire autour d'une banane qui sortira le 27 septembre et que je vous enjoins d'écouter au plus vite ("Non je ne veux plus jamais travailler…"). Hasard amusant, alors qu'on buvait un café place Plumereau au soleil, en fin de matinée, pour faire comme si c'était encore le week-end, Nathie m'a offert Peau de cochon, un long métrage que Katerine a fait en 2003 et dont j'ignorais l'existence. Une série de sketches, apparemment, où apparaît, entre autres, Dominique A. Ça faisait longtemps que je ne vous en avais pas parlé de celui-là !
Et puis ce soir, au JT, notre drôle de monde a repris le dessus. Je découvre qu'on met des étudiants dans des conteneurs (25 m2, ceci dit), au Havre ; qu'une clinique californienne propose des bébés à la carte, avec la couleur des yeux et le sexe qu'on veut. Au secours Aldous Huxley ! Et puis Alain Corneau est mort cette nuit, alors qu'hier soir nous étions au cinéma en train de savourer son dernier film, Crime d'amour, bien ficelé et diabolique, avec une Ludivine Sagnier quasi hitchcockienne. Etrange coïncidence. Puisque c'est ça, je retourne à la mer demain soir, manger mon dernier plateau de fruits de mer de l'été. Avec un bon sauvignon. Et ce à la santé des mineurs toujours coincés dans leur antre.

Photo : "Non je n'irai plus jamais au supermarché", chante Katerine dans La Banane. Heureusement qu'il peut commander du X Noir sur le Net, le pauvre bougre. Ici, les caddies de chez Fortnum & Mason, grand magasin londonien. J'vous jure que ça jure…

Tati fait de la résistance

Après les divins calamars frits de la guinguette et le bal populaire de Velpeau, hier soir, je décide de finir mes vacances en beauté en allant voir L'Illusionniste aux Studios. J'avais aimé Les Triplettes de Belleville, avec la référence à Jour de fête. Je me suis dit qu'un scénario de Jacques Tati jamais tourné, adapté en film d'animation par Sylvain Chomet, ça ne pouvait pas être mauvais. Que c'était même indispensable, et ce d'autant plus que j'ai dîné sur la plage de M. Hulot, pas plus tard que jeudi.
La magie, c'est d'abord de revoir Tati à l'écran, tantôt M. Hulot quand il se débat, maladroit et distrait, avec certains objets technologiques, tantôt Tatischeff, c'est-à-dire lui-même, mélancolique, nostalgique d'un monde qui lui file dans les doigts. Celui du music-hall, du rêve et de la poésie. Il y a dans ce film la quintessence de Jacques Tati, comme si Sylvain Chomet était le dépositaire légitime de sa mémoire. Par un tour de passe-passe, il fait revivre Tati sans renier son propre univers. Une alliance heureuse et complice. Il y a de la magie jusqu'au générique… même au-delà. Ne partez pas avant.

Solutions locales pour un désordre global

Avant-hier, en sortant de chez mon banquier breton (avec lequel je parle toujours aussi peu d'argent), un homme d'âge mûr s'est planté devant moi et m'a lancé, tout de go : " Personne ne m'aime, j'fais quoi ? ". D'habitude, j'ai le sens de la répartie, mais là, je suis restée comme deux ronds de flan et j'ai poursuivi lâchement ma route, direction mon cours de taï chi, abandonnant le pauvre bougre à ses interrogations. Moi, je me sens aimée et j'aime plein de gens, alors que voulez-vous répondre à ça ? Bon d'accord, des fois on aime quelqu'un qui ne vous aime plus et vous préfère quelqu'un d'autre. On a tous connu ça et il faut faire avec (ou pas). Bref, ça n'était pas l'objet de ce billet, mais ce genre de sollicitation en pleine rue est suffisamment rare pour que je vous le signale, dès fois que vous le croiseriez un jour, ce monsieur Caliméro. Ce serait bien d'avoir une solution à lui proposer…
Des solutions, il y en a toujours pour peu qu'on mobilise un peu ses neurones ou ses muscles ou, mieux encore, les deux. A cet égard, je vous invite vivement à aller voir le film de Coline Serreau, Solutions locales pour un désordre global. Certes, il ne s'agit pas là du désordre amoureux. Le thème n'en reste pas moins crucial : l'agriculture et les enjeux de l'autonomie, le respect des sols que l'agriculture intensive malmène depuis l'après-guerre. D'aucuns diront qu'il s'agit d'un film militant, c'est vrai, et alors ? Je me suis délectée des paroles de Bourguignon, plein d'humour. Chose rare, les spectateurs ont applaudi à la fin, dans la grande salle des Studios, à Tours. Ça fait plaisir et ça donne la pêche. "Il faut cultiver son jardin", disait Candide, il y a un bail. Visionnaire, Voltaire ?

Photo : Quand on a vu le dernier film de Coline Serreau, on a encore plus de plaisir à boire le crémant bio d'Ackerman !

A vilain, vilaine et demie

J'avais un impérieux besoin de rire, cette après-midi, alors je suis allée au cinéma voir Le Vilain, d'Albert Dupontel, un film que mon amie Nathalie m'avait conseillé. J'ai ri, en effet, devant cette farce féroce où Catherine Frot a pris vingt ans, autant que l'absence de son fils qui se rappelle à son bon souvenir parce qu'il est traqué après un braquage de banque. Prenant (un peu tard) conscience d'avoir semé de la mauvaise graine, elle s'évertue à remettre son voyou de rejeton sur la bonne voie. Dans un enchaînement de gags plus ou moins délirants, on croise notamment une irréductible tortue prénommée Pénélope, taguée au Typex, qui n'a de cesse de se venger du martyre qu'elle a subi pendant l'enfance de la canaille. Un bon divertissement où les tortues assomment mais où les torts ne tuent pas…

Photo : Mon amie Nathalie, repartie hier dans sa Bourgogne natale, a laissé dans ma cave un magnum de chablis premier cru Montmain, du meursault, du pommard grand cru (issu de pinot noir), de l'irancy (Palotte) et une fine moutarde au champagne. Rien que ça ! Pour la peine, elle est repartie avec du X Noir, du vouvray demi-sec et un nougat de Tours Vous ne connaissez-pas le nougat de Tours ? Rien à voir avec son cousin de Montélimar. C'est très bon aussi, mais il ne s'agit pas d'une confiserie. C'est un dessert à base de pâte sablée, de fruits confits marinés dans le kirsch, de marmelade d'abricot et de macaronade, qui coule tout seul avec un moelleux ou un pétillant. Un Royal Rouge, par exemple…

Les herbes folles

Hier soir, j'ai vu Les Herbes folles en avant-première, le dernier film d'Alain Resnais. J'avoue qu'il m'a un peu déconcertée, mais n'est-ce pas le propre de l'oeuvre de ce cinéaste facétieux, à l'âge canonique. Ado, j'ai été marquée à vie par Nuit et brouillard, projeté dans le CDI de mon collège sarthois. Plus tard, j'ai adoré le diptyque Smoking, No smoking, le burlesque et la singularité d'On connaît la chanson
Dans Les Herbes folles, la fantaisie reste présente, mais je ne trouve pas ce film si léger qu'on le dit. Ça part d'un truc tout bête : un type (André Dussolier, parfait et toujours séduisant) trouve un portefeuille dans un parking et fantasme sur sa propriétaire (Sabine Azéma, dentiste de caractère et pilote de petits coucous à ses heures perdues). Je ne vais rien déflorer de plus, car ça n'est pas un film banal. Je n'avais pas lu le roman de Christian Gailly, L'Incident (éditions de Minuit), dont il s'inspire, mais je vais courir l'acheter. La voix off du délicieux Edouard Baer est d'ailleurs non seulement drôle, mais très littéraire. D'un vol… on arrive à un vol. Mais que de loopings entre ces deux événements ! Burlesques ou surréalistes, l'efficacité des scènes doit aussi beaucoup au talent des comédiens, en particulier Amalric, qui campe un flic flegmatique.
Ce film donne à réfléchir sur les rencontres improbables, liées à des événements a priori insignifiants. Ça m'est arrivé, parfois, et c'est plus que troublant. On a à la fois l'impression d'être une marionnette, et l'impression d'en tenir les fils. Il parle aussi de tout ce qu'on a dans la tête, et de ce que ça donnerait (ou pas) si l'on décidait de passer à l'acte : suivre quelqu'un dans la rue, répondre à un texto qui ne vous est pas destiné, essayer d'appeler le numéro de portable que Benjamin Biolay donne dans son dernier album… Mais force est de constater que la vie n'a bien souvent que peu à voir avec le cinéma et les romans. La dernière fois que j'ai fait du gringue à quelqu'un, à cause (ou grâce ?) à un coup de X Noir de trop, je me suis pris un sacré râteau ! Heureusement qu'il y a les livres, le cinéma… et les herbes folles pour se consoler. Et les bulles, pour se sentir plus léger.