mars 2010 - XNoir

Le meilleur de moi-même

Je sors de l'exposition d'Elliott Erwitt, qui dure encore quelques jours à la Maison européenne de la photographie, dans le Marais, à Paris. Elle s'intitule "Personal best", ce qu'il traduit par "Le meilleur de moi-même", c'est-à-dire sa sélection favorite. Ça m'a bien plu. Comme chez Martin Parr, j'aime son sens aigu de l'observation, le regard espiègle qu'il porte sur ses sujets. Je pensais ne pas connaître ses images. En fait, nombre d'entre elles sont connues, voire galvaudées. Il a un côté Doisneau, avec certaines photos saisies sur le vif, dans la rue. Il a aussi photographié des célébrités : Che Guevara, Nixon, Jackie Kennedy (sa fameuse larme)… Les Parisiens étaient tous de sortie et la queue ne s'est jamais résorbée, sur le trottoir de Saint-Paul.

Photos : Non seulement on a perdu une heure, cette nuit, mais j'ai pris un an de plus. Il y a des jours, j'vous jure… Les plus perspicaces tenteront de deviner mon nouvel âge au vu des bougies qui ornent le gâteau au chocolat d'Amélie. Ça m'aura au moins permis de goûter le crémant bio, élaboré selon la méthode traditionnelle classique : 30 mois sur lattes, à peu près mon âge, sauf que je dors sur un matelas en latex. Nous avons pu admirer des bulles fines et persistantes (les verres de mon frère étaient donc sales, si j'en crois mon professeur d'oenologie !). Au nez, des arômes de fleurs blanches et une belle fraîcheur. En bouche, un bon équilibre. Il aurait été parfait sur ce dessert, mais nous, on l'a fait péter à l'apéro !

Hirondelle primeur

Aujourd'hui, j'ai vu ma première hirondelle de l'année. Toujours un moment fort pour l'ornithologue apprentie oenolologue. Une sorte d'hirondelle primeur. C'était au bord de l'Aubance, dans le vignoble angevin, avant que nous n'essuyions un violent orage, suivi d'un arc-en-ciel. Heureusement, entre temps, nous nous étions mis à l'abri pour goûter des nectars et du cabernet-d'anjou. J'en profite pour vous signaler le prochain événement gastronomique dans les caves d'Ackerman, près de Saumur. Notez-le bien dans vos tablettes : le 4 avril, c'est la deuxième édition de "Pâques, Raisins et Chocolats", avec des ateliers de dégustation. Mais bon, nous en reparlerons…

Photo : Les bords du Thouet, ce midi, à Chacé, où se trouve l'un des sites de production d'Ackerman.

En terrasse attablées

C'est Faustine qui a eu l'idée. Moi, bêtement, je n'y avais même pas pensé. "Et si on sortait le salon de jardin ?". Ni une ni deux : la table ardoise sur la terrasse en bois, deux chaises rose bonbon (le modèle Luxembourg de Fermob). Il ne manque plus que le parasol X Noir et on aura une annexe du caveau d'Ackerman ! Résultat, on a pris notre petit café du midi en plein cagnard, comme des lézards. Et j'ai eu grand mal à repartir au bureau. Bon, je fais court ce soir. Demain, décollage de bonne heure pour une virée (encore) dans le vignoble. Et pas des moindres : Vouvray, Saumur, Brissac. Tire-bouchon, taste-vin, carnet de notes : je file préparer mon sac !

Amende honorable

J'ai bu un vin illégal, hier, avec Nathalie. J'avais beau être dans l'Auxerrois, le vignoble bourguignon n'a rien à se reprocher. Avant de sauter dans le TER, j'avais fait une étape à Paris, déjeuné dans l'un des excellents restos basques de Christian Etchebest, où mon ami Jérôme, photographe globe-trotteur tout juste débarqué de Java, m'a remis une bouteille achetée précédemment à Venise, sous le manteau. C'est du beau. Je connaissais le Fragoli, que j'ajoute volontiers à un crémant-de-loire, mais pas le fragolino.
Ce vin blanc à l'arôme puissant de fraise provient de Vitis americana, un hybride américain introduit en Europe bien avant l'épidémie de philloxera. Si j'ai bien compris, seuls les cépages issus de Vitis vinifera peuvent être commercialisée dans l'Union européenne. La consommation du fragolino est donc en principe réservée à la consommation familiale des viticulteurs. Merci, Jérôme, d'avoir contribué à faire connaître cette trouvaille jusque chez les Bourguignons !

Photo : Les vignes endormies du Bourgueillois, alors que le printemps revient.

Œnothérapie (4)

J'étais toute "gaite" hier soir, en sortant de mon cours d'oenologie. Il faut dire que nous avons abordé les moelleux et découvert toutes les subtilités entre ces nectars que sont les liquoreux, les vins mutés, les vins de paille… J'ai ainsi appris la différence entre des raisins surmaturés (donc très concentrés en sucre) et des raisins botrytisés, c'est-à-dire atteints par un champignon qu'on appelle pourriture noble. Gustativement, disons que c'est encore un cran au-dessus. Dans le Val de Loire, le chenin nous donne des perles rares en matière de moelleux : coteaux-de-l'aubance, coteaux-du-layon, coteaux-de-saumur, vouvray ou montlouis demi-secs… L'avantage, par rapport à des monbazillac ou des sauternes, sans cracher dans la bonne soupe, c'est qu'ils ont plus d'acidité, plus de fraîcheur… Ça nous donne des vins moins pommadés en bouche et plus faciles à associer à des plats autres que le sacro-saint foie gras ou le fromage persillé.
On a notamment goûté une appellation que je ne connaissais pas, fort gouleyante : un anjou coteaux-de-la-loire, lui aussi à base de chenin. Le summum, ce fut bien sûr le bonnezeaux. Impossible de recracher. Le prof nous en a même resservi… Autant vous dire qu'on était pas clairs clairs pour l'interrogation finale ! Ça copiait dur sur les voisins… Et moi qui n'avais rien révisé.

Photo : Hier, virée printanière entre filles, à Langeais, où se prépare une exposition sur la table au Moyen Age (à partir du 15 avril, au château). On y apprendra notamment qu'on buvait beaucoup de vin à l'époque, au moins un litre par personne et par jour, y compris les enfants ! Mais il était beaucoup moins alcoolisé, voire dilué dans de l'eau. Bref, nous y reviendrons…

Piano bar

Je suis allée voir Benjamin Biolay en concert à Joué-les-Tours. Je suis cet artiste complet depuis son premier album, mais je ne l'avais encore jamais vu sur scène. Il n'a pas la présence d'un Dominique A (évidemment !), mais ce fut un vrai spectacle, avec d'excellents musiciens (dont une grâcieuse harpiste) et des éclairages assez magiques. La salle était très chaleureuse et les échanges plutôt amusants, quand Biolay a dû improviser face à une panne de piano (un vieux bruit de casserole vite réparé). Mais le détail qui ne m'a pas échappé, à côté de l'inévitable bouteille de Cristaline, chère à Guy Roux, c'est le petit ballon de rouge, posé près du piano. Non seulement Biolay fume ses clopes tranquille, pendant le concert, avec cet air de dandy nonchalant qui en agace plus d'un (et plus d'une…), mais il boit une lampée de rouge, par-ci par-là, le bougre ! Je me suis demandé si c'était un vin de Loire, forcément. Pour un gars natif de Villefranche-sur-Saône, c'était un beaujolais, à tous les coups ! Le beaujolais de Benjamin Biolay, en somme.

Photo : Biolay cite souvent l'Italie dans ses chansons. Quand je veux me remémorer mon été en Toscane, je verse dans un saumur brut un fond de Fragoli, une liqueur à base de fraises des bois entières, découverte au bar des Trois-Ecritoires, à Tours. Ou comment décliner le kir à l'italienne.

Œnothérapie (3)

Au marché Velpeau, ce matin, mon poissonnier m'a dit qu'on annonçait la fin du monde pour 2012. Deux ans, ça va faire juste pour satisfaire toutes mes envies… Du coup, j'ai acheté de quoi faire un beurre blanc à mes amis, samedi. Faut que je fasse une liste avec mes priorités. J'aurai au moins fini ma première session de cours d'oenologie. Une satisfaction en soi. Hier, la dégustation a viré à l'apéro. La faute à un excellent vouvray pétillant, vinifié par une femme, d'ailleurs. Impossible de recracher. Alors on l'a tous bu… et on en a repris.
Le début du cours portait sur les rosés, le reste sur les fines bulles. J'ai bien pensé dégainer ma bouteille de X Noir, mais je n'ai pas osé… On a appris la différence entre un rosé de macération, un rosé de saignée (le plus courant, dans le Val de Loire) et un rosé de pressée (qui donne les fameux vins gris des côteaux-du-vendômois ou le touraine-noble-joué). Puis on a focalisé sur l'exception angevine et ses cabernets, qui ont la particularité de contenir des sucres résiduels. Contrairement aux autres rosés, les cabernets-d'anjou présentent un potentiel de vieillissement, ce qui donne parfois des vins déroutants, parfaits sur des plats asiatiques.
J'en profite pour vous annoncer la bonne nouvelle : Ackerman sort un crémant-de-loire bio. Le lancement officiel, c'est dimanche, lors de la Promenade gourmande qui se déroulera dans les caves de Saint-Hilaire-Saint-Florent, en partenariat avec Le Prieuré. Les apprentis sommeliers de l’Ecole hôtelière de Saumur initieront les visiteurs aux accords mets-vins et accompagneront le crémeux au chocolat blanc avec ce nouveau crémant brut, tout de vert vêtu. Moi je dis, ça sent le printemps !

La journée de la jupe

C'est la Journée de la femme et ça me saoule. C'est comme la Saint-Valentin. Le jour où elle n'existera plus, on aura franchi un pas. Enfin… c'est mon avis. On a vraiment l'impression d'être une sous-espèce de l'homme. Le monde du vin, qui est plutôt macho, peut se targuer de leur avoir fait une place. Mais on y retrouve la même propension à se distinguer. C'est symptomatique d'un complexe d'infériorité. Il y a des associations de femmes vigneronnes, on parle de vins de femmes… Je ne sais pas bien ce qu'est un vin de femme. Ça tombe bien, demain je vais rencontrer une viticultrice dans le Chinonais. Je vous raconterai ! Olivier de Serres, père de l’agronomie, aurait dit que derrière chaque exploitation se cache une femme. Dans certains cas, disons que derrière la femme se cache l'exploitation. Il suffit de lire le dernier roman de Florence Aubenas, Le quai de Ouistreham, pour s'en convaincre. S'il en était besoin.

Photo : Les femmes, tout juste bonnes à faire de la confiture ? Dieu merci non ! Les femmes font aussi du vin. Entre autres.

Œnothérapie (2)

J'ai quitté à regret le Morbihan hier soir et la quiétude de La Grée des landes. Pas question de sécher mon deuxième cours d'oenologie à l'Académie des vins de Loire. Au programme, ce soir, les rouges. Les principes de dégustation sont les mêmes que pour les blancs, mais l'approche diffère un peu sur la robe, qui peut être plus ou moins profonde (c'est-à-dire plus ou moins limpide en fonction de la présence de matière), et en bouche, en raison des tannins plus ou moins marqués. Vous savez, cette légère sensation d'assèchement, au niveau du palais.
En Anjou, dans le Saumurois et en Touraine, le cépage dominant pour les rouges, c'est le cabernet franc. Notre éminent professeur sommelier nous a expliqué comment s'effectue la vinification d'un vin rouge. On a débattu un peu sur les nuances d'une vinification en cuve ou en fût. "Si on élève un vin chétif dans un fût de chêne, a-t-il conclu avec humour, on obtient du jus de planche. Et il faut une pince à épiler pour enlever les échardes en bouche !".
Plus sérieusement, s'il fallait décrire, au hasard (!), le saumur-champigny Secret des vignes 2006, élevé un an en barrique, justement, on dirait, en langage sommelier, qu'il présente à l'oeil une robe rubis chatoyante, un nez frais et intense de cerise avec une note kirschée, cèdre et réglisse, une bouche croquante, fraîche et charnue, joliment structurée avec une persistance sur le fruit mûr et la réglisse. Les plus doués ajoueraient que les faibles rendements ont favorisé l’obtention de raisins riches et bien concentrés, de tannins souples et veloutés. La classe, non ? C'est quand même autre chose que de dire : "Il est vachement bon ce pinard ! Dommage du peu. Ressers-m'en donc un verre, j'suis sur le gravier. Et qu'ça saute !"

Séquence sépia : Fûts dans la cour de la maison Ackerman, à Saint-Hilaire-Saint-Florent, près de Saumur.

De gré à grée…

Même à La Gacilly, je trouve le moyen de boire du cheverny ! Avec Faustine, ce matin, nous avons taillé la route jusque dans le Morbihan, dans le fief d'Yves Rocher, dont la marque fête cette année ses 50 ans. On se fait bichonner dans l'éco-hôtel spa ouvert au printemps dernier, La Grée des landes. Je me suis tout de suite sentie bien dans ce bel endroit, à l'architecture bioclimatique très aboutie (il bénéficie, entre autres, de l'Ecolabel européen et son parc est classé Refuge LPO). Le bâtiment est très discret, car adossé à la colline (qu'on appelle "grée") pour bénéficier d'une meilleure inertie thermique. L'été, il disparaît complètement derrière les champs de bleuets, de camomille et de calendula.
Pour l'heure, depuis la pisicine à débordement (dont l'eau est recyclée dans les sanitaires), le regard se perd au-delà de la lande sur une pinède à perte de vue. Demain matin, nous testons le "Réveil des Sens", un programme proposé jusqu'au 31 mars. Après un "Rituel aux 3 aromatiques" de 90 minutes, nous déjeunerons sur le même thème, avec les mêmes plantes, c'est-à-dire de la verveine, du thym et du romarin. Amusant comme concept ! Sauf s'ils décident de nous faire cuire, nous, une fois qu'on aura bien mariné…

Photo : Après avoir été débordée, il fait bon profiter de la piscine… à débordement du spa de La Grée des landes.