août 2009 - XNoir

Faire son cartable avant les vendanges

C’est la semaine de la rentrée pour les scolaires, mais pas seulement. Aujourd’hui, pas coiffée, pas maquillée, je fanfaronne encore avec mes Havaianas et ma vareuse. Un choc culturel entre le Brésil et la Bretagne. Mais jeudi, c’est aussi la rentrée pour moi : j’ai été subventionnée pour participer à une université d’été sur le thème suivant : ”L’économie, une science qui nous gouverne? Leçons des crises“. Vaste programme allez-vous me dire (en effet), censé pallier mes énormes lacunes sur ces questions pourtant cruciales. Quel rapport avec le vin ? Aucun. Quel rapport avec l’écologie ? Plein. C’est d’ailleurs pour ça que je me suis inscrite. Les liens entre la crise économique et la crise écologique sont de plus en plus évidents et j’entends bien creuser ces questions avec les nombreux spécialistes qui seront présents aux Salines-d’Arc-et-Senans, six jours durant.
Puisque c’est aussi la rentrée littéraire, je préfère pour l’heure vous parler de Bernard Ollivier, l’auteur d’Aventures en Loire (éd. Phébus). Dans son récit au fil du fleuve, qu’il longe à pied ou parcourt en canoë (son Canard) jusqu’à l’estuaire, la plupart des chapitres portent le nom d’une appellation : coteaux-du-giennois, pouilly et sancerre, cheverny blanc, touraine, saumur-champigny, coteaux-du-layon, muscadet et gros-plant. Depuis la côte roannaise, ce grand marcheur s’est en effet juré de goûter tous les « jus de vigne » jusqu’au gros-plant nantais. A défaut de vous lancer dans une telle aventure, je me permets de vous rappeler que vous pouvez partiellement y goûter ce week-end, du Loir-et-Cher à la Loire-Atlantique en passant par la Sarthe, la Touraine et l’Anjou. Eh oui, c’est le nouveau cru de « Vignes, vins & randos ». J’ai testé la plupart des itinéraires et ils ont tous leur charme, leurs atouts. Une seule consigne : astiquez les croquenots et affûtez les goulots !

Photo : Selon la légende, Hercule aurait détourné la Loire vers l’océan. Qu’à cela ne tienne, j’aime bien m’en assurer. En baie de Bourgneuf, c’est vrai, la Loire, comme le vin, n’est jamais bien loin. Comme dirait Pierre, auteur de cette belle image, "c'est la Loire-Atlant'hic !".

Quand la mer est basse, l’amer est haut

C’est mon dernier week-end de l’été au pays du muscadet, et j’avoue que je suis servie. Grand ciel bleu, une légère brise. En quittant la Touraine hier, avec mes amis, j’avais l’impression de repartir en vacances : pique-nique à Noyant, arrêt dans une station-service pour un café et des anis de Flavigny puis, à peine arrivés à La Bernerie, plage et glace à La Fraiseraie. Avec Faustine, nous nous sommes contentées de marcher les pieds dans l’eau de mer (trop fraîche pour notre tendre peau), comme deux petites vieilles qui auraient des problèmes de circulation sanguine !
Une journée pareille ne pouvait que s’achever par un repas de fruits de mer pantagruélique. J’avais prévu de l’arroser de jasnières, mais figurez-vous que la bouteille m’a échappé dans une rue de Tours et qu’en voyant ce grand blanc sarthois se répandre sur le trottoir dans les débris de verre, je n’avais plus que mes yeux pour pleurer. J’ai lâché un juron dans la rue et j’ai ramassé les débris, l’air contrit et déconfit. A défaut de saumur blanc, nous nous sommes donc « rabattus » sur le muscadet familial. Une valeur sûre, ceci dit. Bon, je vous laisse : j’ai des langoustines, des boucauds et des crabes qui me font de l’œil à nouveau. Et puis c'est la fête de la Saint-Gilles, à Pornic : je vais faire provision de sardines à l'huile à La Belle-Iloise et finir le week-end à la crêperie.

Photos : Point de goéland sur la plage, hier, mais des mouettes rieuses (celle de Gaston Lagaffe) très affairées, que Pierre a photographiées. Vous remarquerez qu’elles arborent leur plumage d’hiver : une petite virgule derrière l’œil, vestige de leur capuchon noir estival.

Une forêt de livres

659 : c'est le nombre de nouveautés que nous apporte l'incontournable vendange littéraire. Est-ce un bon cru ? Il semblerait que oui, notamment pour une salve de premiers romans, bien vinifiés. On s'interroge, comme d'hab, sur le millésime Amélie Nothomb, inégal par nature. Le Mauvinier nouveau a l'air gouleyant (il est tourangeau, soit dit en passant…). Anecdote amusante, d'ailleurs, c'est encore une fois mon ami photographe, Jérôme, qui a réalisé les photos des livres sélectionnés par Télérama pour cette rentrée. Comme vous pourrez le constater, il fait preuve d'une grande inventivité pour les mettre en scène : il les noie, les torture avec du barbelé, les pétrit dans la glaise, les ensanglante avec une méthode très personnelle… J'attends toujours le résultat avec impatience. Bref, un vrai métier.
Je reviens à mon anecdote, donc, car figurez-vous que dans le numéro de cette semaine, avec Audiard en couverture (le cinéaste, pas le sculpteur de Rochecorbon qui vend ses stylos à Madonna !), il y a une photo que Jérôme a prise à Tours, dans "mon" cinéma (le mien, rien qu'à moi). C'est bibi qui lui a arrangé le coup, et je vous mets au défi de me dire à quelle page elle se trouve, la photo en question. Le gagnant recevra une bouteille de cabernet d'Anjou (sauf Jérôme, qui, bien sûr, est éliminé d'office ; je saurai le démasquer !). Voilà qui fera plaisir à ma collègue Capucine…. J'en termine avec ma vendange littéraire. Si vous voulez une dégustation, filez dimanche à Chanceaux-près-Loches (ben quoi ? oui, c'est en Touraine). C'est "La Forêt des livres" et il y aura du beau monde : Simone Veil, René de Obaldia, Jean Teulé, Samuel Benchétrit, Olivier de Kersauson… En plus, c'est gratuit. Dommage qu'il soit un peu tôt pour les champignons, vous auriez pu faire d'une pierre deux coups ! Et surtout, lisez sans modération.

Photo : Cette forêt de livres, j'y ai randonné avec Jérôme, justement. C'est à la médiathèque de Troyes et il vaut mieux s'y rendre avec boussole et GPS. Prévoir un duvet. Dieu merci, nous n'avions pas prévu de via ferrata sur les rayonnages…

Trek ligérien

Une fois n'est pas coutume : c'est le vent qui, hier soir, a soufflé dans le ballon des Vins de Loire. Sophie et moi, nous nous sommes envoyées en l'air avec un pilote qui avait 2 600 heures de vol. Eh oui… rien ne vaut l'expérience ! Le décollage a été pour le moins sportif : la nacelle était bourlinguée par la brise à droite et à gauche. Sacrée première fois, pour Sophie, qui s'en souviendra ! Sur les cinquante montgolfières présentes, seulement quatre ou cinq ont d'ailleurs osé s'élever dans le ciel angevin. Une fois en l'air, la quiétude est revenue à bord et nous avons très vite survolé la Loire, effleuré ses immenses bancs de sable avant de reprendre de l'altitude au-dessus de Saint-Mathurin-sur-Loire.
Pendant ce temps, le ballon de Blois gisait sur le sol, celui de la région Centre peinait à se gonfler et celui du conseil général renonçait à traverser le fleuve. Quel bravoure, les Vins de Loire ! Bon an mal an, après une heure de vol magique au-dessus des pépinières, des maraîchages et des bois (ah, l'odeur de l'humus !), notre talentueux pilote, Jacques Bernardin (quatre fois champion de France, tout de même), nous a déposés dans un mouchoir de poche, en lisière de la forêt de Brion ! Pour un peu, on aurrait atterri près de la cabane perchée que j'avais testée avec Faustine, au printemps dernier. La nacelle s'est couchée et nous avec. Je m'en tire avec deux gros bleus au genou droit et de merveilleux souvenirs.
Les propriétaires des chaumes, un monsieur du cru en salopette bleue et sa femme, en blouse assortie, ne se sont pas fait prier pour boire un verre de coteau-du-layon sur la nacelle. Un vrai nectar… avant le souper qui nous attendait au château de Brissac. La nuit au Mercure d'Angers fut un peu courte, mais cela m'aura permis de faire un saut ce matin dans mes caves bien aimées, à Saint-Hilaire-Saint-Florent. Petit à petit, je reconstitue mon stock de bouteilles pour ma future "cave idéale des vins ligériens"…
Si, comme moi, vous avez envie de sensations fortes, le CDT Touraine propose ce week-end un trek de 24 heures sur la Loire, avec bivouac et dîner (préparé in situ par un chef) sur une île sauvage, suivi d’une visite VIP du Festival des jardins de Chaumont. Les frères Montgolfier peuvent aller se rhabiller ; je file rejoindre Robinson Crusoë !

Photo : La Loire, hier soir, docile depuis la nacelle de la montgolfière Vins de Loire, qui s'est envolée contre vents et marées. Un pur moment de grâce.

Ma cabane au fond du jardin

Voilà ce qu'on appelle un week-end riche en rencontres, comme en calories. Reprise du rituel de la guinguette samedi matin, rituel annuel de la caipirinha à Fondettes, samedi soir (un irrésistible cocktail brésilien à base de cachaça et de citron vert) et deuxième visite de ma maison hier soir, avec deux couples d'amis sous le bras.
Ce fut un moment important, un peu comme des fiançailles avant le mariage que constitue l'acte de vente : "Je vous présente ma maison ; chère maison, voici mes chers amis. Tu seras amenée à les revoir souvent." Je n'en doutais guère, mais le courant est tout de suite bien passé entre ma maison et mes amis. Ils la trouvent charmante, déco irréprochable, beaucoup de goût, tout ça tout ça. On l'a mesurée sous toutes ses coutures pour que j'investisse dans quelques meubles. La bibliothèque dont je rêve depuis longtemps se glissera sans souci dans ma vaste chambre. Pour le Frigo années 50, c'est moins sûr, dans ma belle cuisine aménagée. Pourtant, j'y tiens au réfrigérateur Smeg, car ma cuisine donne direct sur le salon et la cheminée, ce qui est plutôt bien en terme de convivialité. Or, un frigo, c'est quand même moche, à la base. Bref, je ferai rentrer mon Smeg au chausse-pied s'il le faut ! A propos de déco, je vous conseille un guide que je viens de recevoir : La déco bio en 500 adresses, chez Fleurus. Il sort le 28 août et il y a plein de bonnes idées.
Pour fêter ça, une fois n'est pas coutume, on a bu des bulles dans le jardin, à Tours Nord… J'ai d'ailleurs mis à profit cette deuxième visite pour le regarder de plus près, mon jardin, voir où je caserai mon petit potager, à droite du cabanon en bois, là où repousse le mimosa de 6 mètres qui a malheureusement gelé l'hiver dernier. Mes neveux et mes amis les plus petits pourront même dormir dans le cabanon en question, l'été, tant il est coquet. Ça devrait passer… en diagonale !
Trêve de bêtises, je file en Anjou avec Sophie faire de la montgolfière entre deux orages et refaire mon stock d'X Noir, si la foudre nous épargne. Un coup de foudre en ballon : il ne manquerait plus que ça !!!

Photos : Mon chat, transformé en plante verte depuis qu'il vit dans un duplex, retrouvera bientôt la liberté dans son nouveau jardin clos, sans risque de devenir une carpette bitumée. Ma maison, cachée façon Harry Potter, est invisible à l'oeil nu depuis la rue. Le jardin en question et son cabanon, son rosier Ronsard (indispensable en Touraine), son parterre de menthe verte et ses anémones du Japon très florifères.

Bulles d'air

Et si la montgolfière était aux aéronefs ce que la bulle est au vin ? La légèreté incarnée, gage d'effervescence. J'aime les bulles, j'aime la légèreté et j'aime les oiseaux surtout parce qu'ils volent (pas tous, je vous l'accorde) et que nous ne les égalerons jamais sur ce point. Lundi, je vais voler pour la quatrième fois de ma vie dans un ballon. La dernière fois, c'était en Afrique du Sud. Cette fois, ce sera en Anjou, aux couleurs d'InterLoire, avec Sophie, pour qui ce sera le baptême du feu ! J'adore la sensation, ce moment précis où la nacelle nous arrache du sol tout en douceur.
Vu le programme, autant vous dire que les amateurs d'aérostats vont pouvoir se régaler. Dès demain, et jusqu'au 29 août, c'est le championnat d'Europe de montgolfières à Brissac, Angers et Saumur : 83 ballons venus de 25 pays s'affronteront chaque jour, et 37 autres baladeront les amateurs le soir, à 19 heures (à Saumur, ce sera le 26 août depuis l'aérodrome, dans le cadre du Fesival de l'Air). Evidemment, il va se passer un tas de trucs en parallèle : Tri Yann, lundi soir, à Blaison-Gohier ; le 29, ce sera la reconstitution historique du premier envol de montgolfière, qui eut lieu en 1783, à Annonay, une ville d'Ardèche que j'ai bien connue…
Bref, autant de festivités qui méritent le détour, et un super prétexte (s'il en fallait) pour refaire son stock de X Noir, de Pur Raisin et de chenin dans les caves d'Ackerman. Ben quoi, c'est sur le chemin, non ? Le vent poussera bien le ballon vers un ballon de blanc. Entre ballons, on s'comprend ! Au pire, Sophie fera le détour au retour, avec son GPS magique qui se dirige d'instinct vers les meilleures caves de la région…

Dites 33 !

Je suis LIQUIDE ! Il fait 33 °C dans mon bureau. Pierre-O et moi, on va finir par se boire à la paille. Je ne fais pas encore de bulles, mais ça ne saurait tarder. L'étape suivante, c'est la gazéification, non ? Ça doit faire bizarre, une Margaux gazéifiée. Un Pierre-O aussi d'ailleurs. Je pourrai me transporter dans une bonbonne, plus besoin de payer le bus : je roulerai sur les pavés de Tours et de Saumur en toute discrétion. Un détendeur et hop, je reprends une forme humaine. Digne d'une invention de Fantomas.
N'empêche, figurez-vous que dans les métiers de bouche, on s'inquiète pour l'avenir de nos cépages traditionnels à cause du réchauffement climatique. Cinquante vignerons, chefs cuistots, œnologues ou sommeliers ont lancé un «appel solennel» au président de la République et à notre cher Borloo (qui y sera sûrement sensible !), à quelques mois de la conférence de Copenhague sur le climat, prévue en décembre. «Le réchauffement climatique rend les vignes de plus en plus vulnérables, écrivent-ils dans une tribune du Monde.
On avait déjà constaté que les dates des vendanges avançaient et que le soleil avait tendance à charger les raisins en sucre. Selon eux, le goût du vin, lui aussi, est altéré. Plus épicés, avec des teneurs en alcool plus marquées, selon le sommelier Franck Thomas, ces vins seraient aussi moins digestes.
Sur cette question, je vous invite à lire le bouquin d'un copain, Frédéric Denhez, qui a fait une prospective sérieuse sur ce que sera la France en 2030. Il y explique que la carte (géographique) des vins français, comme celle de l'agriculture en général, se trouvera profondément modifiée. Selon certaines estimations, les vignes pourraient se déplacer de 1 000 km au-delà de leurs limites traditionnelles d'ici à la fin du siècle. Vous imaginez des vignes en Ecosse ou en Scandinavie ? Fichtre !
Remarquez, le risque de ne plus faire de bon vin en France, c'est un argument qui motivera peut-être mieux que tout autre les troupes pour baisser d'au moins 40 % les émissions de gaz à effet de serre d'ici à 2020 ? Déjà, moi, je revends ma bagnole après mon déménagement, en décembre, en pleine conférence de Copenhague ! Alors suivez mon exemple : venez habiter chez moi, on fera un kibboutz pour sauver le vignoble de Loire !

Photo : Une vigne dans le village de San Gimignano, en Toscane.

Urgences !

Il y a des journées tièdes, comme ça, et sans saveur, hormis celle des mirabelles. Vous rentrez chez vous en espérant que la suivante sera plus épicée. Vous auriez pu être raccompagnée en scooter, mais non, vous préférez marcher, sentir vos Birkenstock claquer sur les pavés, prendre un peu l'air quoi. Et là, paf, la seule personne de la ville que vous ne voulez surtout pas croiser boit un verre en terrasse, en bas de chez vous. A défaut d'une bonne gifle qui vous dégourdirait le poignet, un regard appuyé suffit à la faire déguerpir, comme quoi vous devez vraiment faire peur. Comme vous, elle semble revenir de vacances, bronzée. Où est-elle partie, avec qui ? Vous avez votre petite idée. Qu'importe, vous, vous avez repris le boulot et cette journée, non contente d'être tiède, finit encore plus mal qu'elle n'a commencé. Vivement que vous changiez de quartier, loin des parasites.
Une seule solution dans ces cas-là, s'abrutir devant la première niaiserie qui passe à la télé. Je tombe sur D&CO, l'émission de M6 qui vous refait votre intérieur en 2 temps 3 mouvements, à vous en tirer des larmes quand vous avez eu la chance de fréquenter des artisans… La fille de la maison découvre, béate, son nouveau papier peint : des hommes musclés, qui, quand vous passez un coup de sèche-cheveux dessus, se dénudent. Du meilleur goût (je veux ça dans ma nouvelle maison, vite !). On en découvre tous les jours. Il faut que j'arrête les niaiseries à la télé. Hier, déjà, j'ai maté Urgences parce que George Clooney faisait son come back. Par pure nostalgie de la grande époque. Et c'était nul, pathétique. Il ne faut jamais se retourner sur la grande époque… Moi qui avais pourtant rompu définitivement avec L Word et qui me contentais d'un épisode de Desperate Housewives par semestre… En même temps, ce soir, il y a Le Grand blond avec une chaussure noire (ah, la robe noire de Mireille Darc, qui boit des bulles avec Pierre Richard !) et demain, il y a Fantômas…, avec deux scènes cultes tournées sur la centrale de Chinon (dans le labo AMI et dans la boule A1). Difficile de résister. Au secours, urgence, vite une bouteille de X Noir… et sous perfusion s'il vous plaît !

Photo : Qui suis-je ? 1 / Un défibrillateur de cerveau ramolli. 2 / Un fouet à chakras décontractant. 3 / Une tornade photographiée par Yann Arthus-Bertrand. Le ou la gagnante gagnera une bouteille de cabernet d'Anjou.

Le temps qu'il reste

Août, ça rime avec barbecue. Deux en deux jours, l'un avec un rosé d'Anjou, l'autre avec un rosé de Touraine, l'un rive droite, l'un rive gauche ! Celui d'hier m'a permis de rencontrer Pompon, un lapin savant (ou gourmand, plutôt) qui se met debout pour manger de la compote de pomme. Ça change de mon chat amateur de Danette. Question d'oreilles, essentiellement.
Je suis retournée au cinéma, voir Le temps qu'il reste, une saga singulière et quasi silencieuse sur une famille de Palestiniens, de 1948 à nos jours, filmée un peu à la manière de Tati. Il y a beaucoup de poésie et quelques scènes burlesques, qui saisissent mieux que tout autre genre l'absurdité de la guerre. Comme ce gros canon de char israëlien qui suit dans la rue les cent pas d'un homme en pleine conversation sur son portable, parfaitement indifférent aux mouvements de la machine de guerre braquée sur lui. Bref, un film un peu hermétique à mon goût, mais qui ne laisse pas indifférent et offre une vision très personnelle d'un conflit devenu trop familier.
Le temps qu'il reste, c'est aussi les quinze jours qui viennent, cette période flottante où même si on n'a plus la chance d'être en vacances, le travail garde une saveur estivale, un rythme ralenti. Le téléphone sonne moins, les mails s'entasse moins, on s'autorise même à faire un pied-de-nez au réveil sans trop culpabiliser, avant de partir bosser en tongs et en marcel. En rêvant du prochain barbecue et d'un verre de rosé bien frais.

Photos : Les ingrédients d'un barbecue réussi : une météo conciliante, un lapin savant (qu'on ne transforme pas en pâté, même si on est affamé), un cocktail coloré et du rosé bien frais. Merci Isa, merci Christophe !

Partir

L'ambiance était festive hier soir, à Tours Nord. X Noir et Pur Raisin ont arrosé la saucisse sèche d'Auvergne et la salade de calamars, deux souvenirs culinaires des vacances déjà trop loin. Avec Faustine, sa fille et sa soeur, nous avons mis à exécution les recettes apprises en Toscane pour nos convives parisiens, échappés du périph' et prêts à braver le cobra royal échappé dans notre département (dixit les infos de France Inter, hier matin : la préfecture d'Indre-et-Loire a même donné l'alerte !). Qu'est-ce qu'on ne ferait pas pour faire un peu de publicité ! ;) Après la rafle sur le Tamiflu (et sur le tiramisu), c'est Venimex qui va être content !
Bref, point de cobra ni de grippe A à Tours Nord, hier soir, mais que des bonnes choses à manger et à boire sous la guirlande aux ampoules multicolores, ainsi que les vocalises d'une chouette louée pour faire peur aux Parisiens (on connaît un bon imitateur). Cobra, chouettes anxiogènes, crapauds accoucheurs… la province ne recule devant aucun sacrifice.
Sacrifice, disais-je… Ça me fait penser au film que j'ai vu ce soir aux Studio, ''Partir'', qui m'a littéralement tourneboulée, avec la belle Kristin Scott Thomas et le charnel Sergi Lopez, tous deux excellents dans leur rôle. Il y est question de passion amoureuse, d'infidélité, de divorce et de jalousie, des faits malheureusement banals qui peuvent faire basculer une vie a priori rangée, cossue et sans orages. Folle amoureuse de l'ouvrier catalan, la bourgeoise quitte son médecin de mari et ses ados renfrognés. Pour le meilleur. Et pour le pire. Il faut un certain courage pour partir et quitter son confort familial, même si c'est par amour pour un autre. Il en faut plus encore pour partir quand on ne se sent plus aimée. Drôle de verbe que partir, tantôt positif (on part en vacances, on part en voyage, pour mieux revenir), tantôt négatif (on part tout court quand on meurt ou quand on quitte quelqu'un). Partir, c'est en effet mourir un peu. Rester, c'est une façon de ressusciter.

Photo : La cathédrale de Tours et deux jolis arbres en fleurs couleur X Noir (non identifiés), une image volée en allant au cinéma.

Tableaux de maîtres et graffitis d'antan

« La simplicité est la sophistication suprême », écrivait Léonard de Vinci. Pour la première fois, les derniers dessins originaux du maître reviennent au Château du Clos Lucé, à Amboise, où il vécut les trois dernières années de sa vie. C’est d’ailleurs ici que le génie les a esquissés cinq siècles plus tôt. Ce prêt exceptionnel des Gallerie dell'Accademia de Venise (jusqu’au 31 janvier) représente le temps fort de l’exposition consacrée aux relations entre Léonard de Vinci et la France. A Loches, une importante campagne de restauration a été menée sur les peintures du cachot de Ludovic Sforza (réalisées à même le tuffeau en jaune, rouge et gris-bleu), ainsi que dans l’oratoire d’Anne de Bretagne, construit vers 1500 en style gothique flamboyant et décoré tout en finesse.
Bon, d’accord, on s’éloigne du vignoble. Mais Loches est une très belle ville et il s’y passe plein de choses en août : « L’Epopée médiévale », du 12 au 16 août (combats, duels, démonstrations de forge et de machines de guerre… dans l’enceinte du donjon ; jeux anciens, musique et animations gourmandes) ; marché médiéval les samedi et dimanche (plats médiévaux servis tous les jours à l’Auberge du logis, banquet médiéval le vendredi soir) ; grand spectacle gratuit le samedi soir. Autant de festivités à célébrer avec une coupe de X Noir ou de cabernet d’Anjou, bien au frais dans la glacière des vacances.

Photo : L’original de l’« Etude de fleurs », l’une des pièces maîtresses des derniers dessins de Léonard de Vinci, réalisés entre 1516 et 1519. Venise, Galeries de l'Académie, Cabinet des dessins et des gravures, cat. n. 237. Pointe métallique, plume, encre, papier blanc légèrement bruni, 183 X 201 mm.

La Petite Pierre et ses gros cailloux

Je viens de passer 24 heures en Alsace et je file au Mans (merci le TGV direct), mais pas aux 24 heures. J'étais plus précisément dans le parc naturel régional des Vosges du Nord, couvert de forêts denses peuplées de hêtres, de chênes et de pins sylvestres, d’où surgissent de gros cailloux ruiniformes. Avec Jérôme, mon inséparable photographe acrophobe, nous avons testé le Bio-Hôtel de La Clairière, à La Petite-Pierre. Un trois étoiles qui s’avère très confortable et plutôt abouti quant à sa démarche écolo : que des douches, des menus bio de très bonne tenue (dont un végétarien), des lits en latex naturel, pas d’emballages superflus dans les salles d'eau ni au petit-déjeuner, un très beau spa à base de cosmétiques bio (le sauna donne sur la forêt : un enchantement)…
Je n’avais pas mis les pieds en Alsace depuis sept ans, et j’y suis retournée pour m’entretenir avec la même personne, Jean-Claude Génot, un écologue passionnant qui mène une réflexion sur la naturalité et notre façon de protéger ce qu’il en reste, dans la lignée de François Terrasson. Son fils, qui est plasticien, travaille notamment sur la friche et la nature spontanée. Quand je discute à bâtons rompus en marchant en forêt avec des intellectuels de cette envergure, j’ai l’impression de philosopher comme dans la Grèce antique et c’est une vraie bouffée de pensées fraîches. A l'époque d'Aristote, on appelait ses disciples des péripatéticiens. Je me demande bien de quel adjectif on pourrait m'affubler ? Naturiste ? Définitivement non. Eco-épicurienne ? Pas tant que ça depuis quelque temps. Allez, j'opte pour l'éco-platonisme. Comprenne qui pourra !
Bien sûr, j’ai troqué mon blanc de Loire contre un verre de gewurtz vendanges tardives : comment faire autrement ? Mais dès mon retour, promis, je mets du X Noir au frais. Comment faire autrement ? Jérôme, qui déboule en famille dans mon duplex de nains, l’exige manu militari. Dommage que je n’aie pas encore ma nouvelle maison…

Photo : Le spa du Bio-hôtel (un label autrichien) La Clairière, à La Petite-Pierre, un lieu où il fait bon se faire bichonner. © Jérôme Galland (merci !).

Nomad’s land

Outre le roi René, les Angevins comptent parmi leurs célébrités un digne représentant de la musique tsigane, Thierry « Titi » Robin, que j’ai beaucoup écouté il fut un temps. Ce talentueux brun chevelu et moustachu participera demain mardi au spectacle du cirque Bouglione proposé à Saint-Nazaire dans le cadre de la semaine « Cultures nomades ». Organisée par l’association « Jardin d’été », cette semaine inédite réunira dans un esprit d’ouverture des artistes, conférenciers, conteurs, boxeurs (dont le meilleur boxeur français, Christophe Canclaux), documentaristes, groupes de jazz manouche…
Ce qui me plaît dans cette initiative, outre sa démarche culturelle, c’est que le village de « Jardin d’été » est appelé à devenir un village mobile répondant aux normes Haute Qualité Environnementale. Le site a accueilli en résidence une compagnie de théâtre de rue, pendant un mois, et passe maintenant à sa phase de programmation. Alors descendez la Loire et posez vos valises dans l’estuaire (Estuaires 2009 s’arrête le 16 août !). Le fleuve charrie cet été des alluvions de manifestations innovantes !

Photo : « Kota 2 », habitat traditionnel finlandais fabriqué en France par un entrepreneur de Vannes mis à disposition sur le site pour l’été et douches extérieures réalisées par des techniciens de Royal de Luxe.

Vignes, vins & randos

Dans un mois pile poil, ce sera « Vignes, vins & randos ». Sixième édition. Quelques jours avant les vendanges, les 5 et 6 septembre, les vignerons du Val de Loire invitent petits et grands à parcourir douze vignobles emblématiques des paysages enchanteurs du Pays nantais, de l’Anjou, du Saumurois, de la Touraine et de la vallée du Loir. Objectif : partager avec les amateurs et les simples curieux leur passion, leur terroir et leur savoir-faire à travers des sites inscrits pour la plupart au Patrimoine mondial de l’Humanité par l’Unesco. Outre des pauses gourmandes à base de produits locaux, les parcours – répartis en 3 grandes thématiques (Nature, Gastronomie, Culture) – sont jalonnés d’animations musicales, artistiques ou pédagogiques et de dégustations pour tous les âges (le jus de raisin a aussi droit de cité !). En chemin et à l’arrivée (en fanfare !), les randonneurs arroseront leur pique-nique des meilleurs vins du coin. Alors notez cette date sur vos tablettes. Si vous vous inscrivez à l’avance, c’est 3 € par personne au lieu de 5 € (gratuit pour les enfants de moins de 12 ans). Rens. : 0820 033 044 (0,118 € TTC / min).

Photo : Scène de contrebande entre le Cantal et le Val de Loire : une quinzaine de melons du Quercy, de la saucisse sèche, du jambon cru, des pâtés de porc et un rôti de chez Mas, de la confiture de myrtille et de châtaigne, du salers, du cantal, ainsi que du marcillac planqués dans la glacière et dans le coffre de la voiture. Voilà qui ferait un pique-nique très envié à Vignes, vins & randos…

Copine comme cochonne

Une semaine passée dans une soue à cochon se devait de s’achever naturellement par une razzia dans une charcuterie locale. Ma copine Sylvie (qui se reconnaîtra dans le titre), attachée de presse du Cantal (le département, pas le fromage, encore que…), connaît les meilleurs hébergements et les meilleurs producteurs du coin. Elle nous a entraînés chez Mas, où j’ai fait le plein de saucisse sèche, de pâté de porc, de saucisses aux lentilles, de jambon cru et de magrets séchés sous vide. Maintenant que j’ai une grande cave, je vais pouvoir stocker des victuailles… La boutique ne paie pas de mine mais, l’air de rien, Mas a essaimé jusque dans le 15e arrondissement de Paris (c’est Jérôme qui va être content !). Pour ceux que ça intéresserait, ils expédient dans toute la France (tél. : 04 71 46 10 19). Inutile de dire que cette fabuleuse cochonnaille s’accordera à merveille avec nos vins du Val de Loire. Hier, chez Puech, nous avons goûté une spécialité locale, la faude, une poitrine de veau farcie servie avec une truffade. Ce fut l’occasion de goûter un bon marcillac, produit dans l’Aveyron, après des bulles à la liqueur de châtaigne, autre produit emblématique de ce Cantal méridional.

Photos : La boutique de Mas, au Rouget (Sud Cantal). Paysage de la Châtaigneraie cantalienne.

Du bout des doigts

J’aime que ma journée se résume à mettre un pas devant l’autre dans des chemins bordés de haies et de talus. A surveiller le barbecue et tester la température de l’eau de la piscine du bout de l’orteil. A savoir quel vin du coin honorera au mieux les côtelettes d’agneau : cahors ou marcillac ? A tester le sens du vent du bout de l’index mouillé pour optimiser la partie de badminton. A chercher une petite route goudronnée peu empruntée pour jouer au Jokari. Il y en a pas mal dans le coin, des petites routes goudronnées peu empruntées. Celle qui va à Mourjou, où nous allons visiter la Maison de la châtaigne. Celle qui va à Calvinet, où nous allons dîner dans le seul étoilé Michelin du Cantal. Celle qui va à Saint-Mamet, chez Sylvie, en passant par le superbe village de Marcolès. Celle qui va à Maurs (prononcer le « s », comme pour le pinnipède, contrairement à Salers : le cantalien est une langue complexe), célèbre pour son marché, où nous partons d’un pas décidé.

Photos : Merveilles autour de Cassaniouze, à la faveur de trois heures de marche.

Montre sur canapé

Mon frère cadet aime les astres et il s’est fait plaisir. Il s’est offert une montre de collection, la Speedmaster Omega, autant dire un objet d’art. La seule montre (suisse, faut-il le préciser ?) homologuée par la Nasa pour aller dans l’espace : quatorze mois pour fabriquer les pièces et 80 opérations manuelles pour les assembler, aucune étape automatisée. Un très bel objet réédité à l’occasion des 40 ans de l’Homme sur la Lune en 7969 exemplaires. C’est la première montre à avoir posé ses aiguilles sur la Lune : elle était attachée au bras des astronautes par un Velcro, comme on le voit sur les photos et son design n’a pas changé depuis 1957. D’ailleurs, il faut la remonter chaque soir. C’est mon neveu qui, plus tard, en héritera, le veinard. Comme je ne suis pas un garçon (encore que, parfois, je me le demande !) et que j’ai des poignets de hérisson, je ne peux pas porter une belle montre virile comme ça. Alors, plus prosaïquement, je me suis fait plaisir en achetant le canapé Cinna dont je rêvais pour ma nouvelle maison (ça y est : j’ai signé).
Une question se pose toutefois : comment se comporterait le X Noir en orbite ?

Des ânes et des chélidoines

Hier matin, j’ai été réveillée par des braiments d’accueil. Tirée d’un sommeil profond et empêtrée dans mes rêves tordus (j'ai acheté une nouvelle maison : ça travaille le cortex !), je suis sortie de ma mansarde douillette par le petit escalier de pierre bordé de fougères capillaires et de chélidoines pour regagner la cuisine, mélange réussi de rusticité et de confort Ikea. J’ai pris mon petit-déjeuner face à deux baudets du Poitou que mon chat Apollo contemplait avec circonspection. Me voilà pour une semaine dans ma croquignolette soue à cochons, au fin fond de la Châtaigneraie cantalienne, entourée de murets de schiste colonisés par les mousses, de noyers et de sureaux chargés de fruits et d’hortensias d’un bleu pétant.
Point de X Noir dans la supérette de Castaniouze, mais du cantal plus ou moins affiné, une terrine aux châtaignes goûteuse et de la confiture de myrtille sauvage cuite au chaudron. Franchement, tout est bon dans cette soue à cochons !
Un tel exotisme ne doit pas me faire perdre de vue le terroir saumurois, qui sera à l’honneur les 5 et 6 août autour de la 8e édition de la Grande Tablée du saumur-champigny (9 euros, réservation à l’office de tourisme de Saumur :02 41 40 20 60). A vous les rillons, à moi l’estofinado, une spécialité locale à base de stockfish (morue séchée mais non salée), d’œufs et de pommes de terre. Les gens du Lot (là, je vous écris du spot wifi de Figeac, où je m'apprête à visiter le musée Champollion des Ecritures du monde) l’arrosent de vin primeur.

Photo : Mon réveil matin de vacances, facile à glisser dans sa valise, entre deux bouteilles de X Noir.