mars 2009 - XNoir

Le bon grain de l'ivresse

La hausse vertigineuse du prix du pétrole a eu des effets durables sur le comportement des automobilistes. Remisant plus volontiers leur voiture au garage, ils ont adopté de nouvelles habitudes qui se sont pérennisées. Une nouvelle mobilité se fait jour, en témoigne l’inauguration de Mobiway, le premier centre à proposer, à La Défense, des solutions de déplacements innovantes : transports en commun, autopartage, covoiturage, moto-taxis…
A toute chose malheur est bon, dit l'adage, et seules les vraies crises semblent pouvoir susciter une remise en question. Considérée jusqu’ici comme l’apanage d’une élite, la prise de conscience écologique apparaît désormais comme une alternative possible au marasme économique : elle stimule les innovations technologiques (on sait aujourd’hui exploiter les calories de nos eaux usées pour chauffer des bâtiments). On responsabilise petit à petit le consommateur avec une nouvelle forme d’étiquetage qui traduit l’impact carbone du produit convoité. Consommer durable, c'est le message de cette 6e Semaine du développement durable qui, dès demain, propose quelque 3000 manifestations partout en France. A Angers, des activités seront déclinées tout au long du mois d'avril sur ce thème. A Tours, la 3e édition du Forum du Développement durable aura lieu samedi, avec un village plein de stands situé dans le jardin de la Préfecture (le film La 11e heure de Léonardo Di Caprio y sera projeté).
A Paris, le Salon Planète durable se déroulera du 2 au 5 avril ; l'occasion d'y découvrir, entre autres, la Green Kitchen de Whirlpool, une cuisine futuriste (commercialisée en 2012) qui produit de la chaleur avec le compresseur du réfrigérateur, générant de l’eau chaude pour le lave-vaisselle. Lequel réfrigérateur est muni d’un tiroir qui empêche l’air froid de s’échapper quand on l’ouvre… Dingue !
Méfiance toutefois : le développement durable – censé articuler au mieux l’économique, le social et l’environnemental – est sur toutes les lèvres. Il faut donc séparer le bon grain (bio) de l’ivraie (génétiquement modifiée), traquer le greenwashing, cette tendance à tout verdir pour mieux vendre ou redorer son blason. Ne nous laissons pas griser, donc : séparons aussi le bon grain de l'ivresse !

Du sommeil en moins, du soleil en plus

"Peut-on rêver apparition plus riante un beau matin, à l'ouverture des volets ?". C'est ce qui était écrit sur la carte que Marie a déposée dans ma boîte à lettres, ce matin. Derrière les petits rabats de papier qui figurent les volets en question, un trèfle à 4 feuilles, un vrai, collé sur le carton blanc. Un Trifolium repens, précisément, "le seul véritable trèfle à 4 feuilles" précise Carré de Trèfles, qui les cultive dans la Nièvre et les cueille à la main. Merci Marie ! Ça m'aura évité de passer l'après-midi à 4 pattes sur les pelouses des Prébendes en quête DU trèfle rare qui pourrait me porter bonheur. Marie m'a piégée. Elle a soufflé à Stéphane de m'inviter à leur dîner de ce soir, j'en suis sûre, alors que je comptais maugréer peinard dans ma tanière à l'idée de perdre une heure de sommeil alors que j'ai gagné un an sans rien demander. C'est vraiment cruel. Alors j'ai mis des bulles au frais, bien obligée, et je m'en vais les promener dans le bus. Et puis il y a eu les belles orchidées de Nathalie, livrées à domicile. Pas l'habitude. Toute émue j'étais. En attendant, je me pomponne en écoutant le dernier Clarika, qui compte d'ailleurs une chanson appelée Des bulles. Ce ne sont pas les mêmes bulles, mais c'est une très belle chanson. L'album s'appelle Moi en mieux et Clarika a toujours autant le sens de l'autodérision. J'adore ! “ Moi en mieux, c'est adorer le temps qui passe… Trouver que la sagesse devant la glace est le meilleur des élixirs… Et le meilleur reste à venir… Moi en mieux, est-ce que tu m'aimerais quand même ?“ Bel oxymore…

Photo : Au marché ce matin, j'ai découvert les premières asperges. N'importe quoi ! 12 € le kilo. Dans tes rêves !

Tuer le veau gras en période de vaches maigres

J'aurai 37 ans dans quelques heures et j'ai décidé de ne surtout pas fêter ça. S'il y a bien des moments où j'ai envie de boire du X Noir, c'est justement sans raison. L'entreprise Novoviande, elle, fête ses 35 ans et, contrairement à moi, ne fait pas les choses à moitié. Depuis ce matin, ses bouchers s'affairent à ficeler un rôti de veau de 60 mètres de long qui sera exposé et mis en vente après-demain à Brétigny-sur-Orge, dans l'Essonne. Ce n'est pas que pour le Guinness. C'est aussi pour la bonne cause. Les bénéfices de la vente seront reversés à France Alzheimer (pourvu qu'ils n'oublient pas de faire le chèque…), soit la bagatelle de 35 000 euros minimum dédiés à la recherche et à l'accompagnement des familles touchées par cette terrible maladie. En 1997, cette équipe de bouchers héroïques s'était déjà illustrée dans les "24 heures de la paupiette" (moi qui suis mancelle, "je dis chapeau", comme diraient Les Deschiens). Bref, les Brétignolais qui voudraient tuer le veau gras ce week-end vont pouvoir se lâcher. Tout le monde peut réserver sa part de rôti, qui leur sera remise dimanche lors d'une découpe solennelle, entre 11 heures et 13 heures. Une question demeure : que boire avec 60 mètres de rôti de veau ? Eh bien, 600 litres de bourgueil. Passez vos commandes ! J'envoie un texto à Gargantua.

Photo : Un bovin peint par Fabrice, mon ami d'enfance.

Obama n'aime pas les betteraves

Obama n'aime pas les betteraves, mais il adore la roquette. Il a beau être Président des Etats-Unis, le matin, il pue du bec. Non pas que j'aie pris le petit-déj' avec lui (non, je l'ai pris avec Mélodie, qui m'a fait un délicieux jus d'orange frais, d'ailleurs, et ça n'était pas de trop pour me réveiller...). Non, ce n'est pas moi qui le dis, c'est son épouse (dixit Libé), laquelle s'est lancée dans un potager bio. Fini les pesticides ! Barack va devoir désherber manuellement, comme toute la famille. Apparemment, il faut filer doux à la Maison blanche. C'est bien que la famille présidentielle donne l'exemple. Chez nous, c'est le moment de se sensibiliser au problème avec la Semaine sans pesticides. Allez hop, désherbage à la main, à genoux, comme Obama. Yes we can !

Photo : Le printemps au Jardin du Luxembourg. "Le printemps c'est joli pour se parler d'amour", chante Barbara. Moi je dis, ça dépend pour qui !

La gymnastique selon Frédérique

Frédérique, ma coiffeuse attitrée depuis seize ans, m'a raconté ce midi sa séance de gymnastique tout en s'employant à me refaire une tête (entre nous, autant dire qu'elle a eu bien du mérite !). Hier, à 8 h 30, elle a marché à grande vitesse dans le jardin des Batignolles, désert, en serrant les fesses au point de les avoir encore bien en mémoire. Après une demi-heure de supplice et une rencontre anxiogène avec un cygne noir peu amène (ou une pintade, elle ne sait pas trop, en fait, mais je lui ai dit que les pintades ne couraient pas les rues de la capitale) et un canard visiblement hideux, elle a enchaîné (canard enchaîné, coin coin !) sur 3 séries de 8 pompes dans la zone réservée aux enfants, parce que le sol y est bien mou. Normal, il faut amortir les chocs quand ils se vautrent allègrement. T'es folle, je lui ai dit. Après, elle a monté ses courses sans ascenseur et a dévoré un plat de frites, mangé trois rouleaux de réglisse et 2 galettes Bonne Maman au citron. Le sport, ça creuse ! J'aime la conception de la gymnastique selon Frédérique. Là-dessus, je suis repartie avec mes nouveaux tifs vers le métro Saint-Sulpice. Ma valise à roulettes m'a emboîté le pas, emportant avec elle le X Noir que je réserve à mes hôtes.

Photo : Les toits de Paris depuis une rédaction (toujours la même), où j'ai bu un pot sans vins de Loire : beurk !

Des larmes et des héros

J'ai pleuré toute la soirée, hier. Suis allée voir Welcome, un film dur et émouvant sur les clandestins de Calais qui tentent de passer la Manche pour gagner l'Angleterre. Vincent Lindon, toujours aussi juste, y joue un maître-nageur en plein divorce qui, pour reconquérir sa femme, prend fait et cause pour un jeune Kurde à qui il apprend le crawl. Le scénario a été co-écrit par Olivier Adam, auteur d'un roman sur la question, A l'abri de rien. Son ouvrage Je vais bien ne t'en fais pas avait d'ailleurs déjà été adapté en 2006 par le même réalisateur, Philippe Lioret. C'est bouleversant, mais ça fait du bien, un film engagé ; si seulement ça pouvait faire avancer les choses et rendre ce monde un poil plus humain… A propos de film engagé, mon ami Hubert Sauper, réalisateur du Cauchemar de Darwin, m'a appris qu'il avait gagné en appel le procès en diffamation mené contre son détracteur, François Garçon, lequel traîne son film dans la boue depuis quatre ans pour des raisons un peu obscures. Une belle victoire à laquelle j'ai contribué humblement à travers une petite enquête. Nous allons fêter ça ensemble mercredi, à Paris. L'enterrement de la vie de Garçon ! J'ai épuisé mon stock de blanc de noir, mais je sens que je vais encore me balader avec une bouteille d'X Noir dans le métro !

Le cabernet franc célébré dignement

C'est la Fête du bourgueil à Tours, aujourd'hui. Hier soir, je suis allée à la présentation de l'événement, à la mairie, avec les huiles et quelques stars rabelaisiennes : l'oenologue Jacques Puisais, le critique gastronomique de Marianne, Périco Légasse… Ce fut l'occasion de revoir Michel Audiard (rien à voir avec le dialoguiste), truculent sculpteur connu pour les stylos que s'arrachent à bon prix des personnalités du monde entier. On nous a projeté en avant-première La balade de Jean-Jack, un film sur le vignoble de Bourgueil au fil des errances de Jean-Jack Martin, autre rabelaisien auteur de plusieurs ouvrages autour de la Loire. Après la projection, avec Claude, nous avons bu deux verres de bon bourgueil (forcément) rouge, en mangeant des rillettes et du sainte-maure. Vous pouvez nous imiter toute la journée : des cabanes en bois vous attendent boulevard Heurteloup pour fêter dignement ce cabernet franc.

Photos : La Fête du Bourgueil, ce matin, près de la mairie. Le marché aux fleurs, où je me suis offert un beau bouquet de wax et de cestrum.

Enfin des papillons !

C'est le printemps, cette fois, pour de vrai. Ça fait trois fois qu'on fait du qi gong, dehors, en plein soleil, pendant que les mésanges zinzinulent. Un petit bonheur matinal. Hier, j'ai aperçu mon premier papillon, devant la fenêtre de mon bureau (au troisième étage, rue Mirabeau, il avait bien du mérite de voleter par là…). C'était un citron ; il avait l'air pressé, d'ailleurs ! L'occasion de vous parler de la 4e édition de l'Observatoire des papillons des jardins, lancée aujourd'hui par le Muséum national d’Histoire naturelle et l’association Noé Conservation. C'est la première expérience de science participative sur la biodiversité destinée au grand public. Il suffit de s'inscrire sur le site Internet pour apprendre à mettre un nom sur 28 espèces de papillons et à les recenser de mars à octobre.

Grâce à cette démarche, l’Observatoire a déterminé l’an passé le quatuor vedette des plantes attractives pour ces insectes graciles. Verdict : lavande, trèfles, centaurées et buddléia (« Lochinch » ou « de Weyer »). Parmi les autres "cépages" favoris de nos lépidoptères menacés, on citera également : romarin, ciboulette, marjolaine, menthe, alysse, aster, aubriète, capucine, giroflée, lobélia, monnaie du pape, œillet d’Inde, phlox sédum, souci, valériane, verveine, zinnia, prunellier, aubépine, chèvrefeuille, églantier, sorbier, sureau noir, troène, viorne aubier, lierre et arbres fruitiers. Et pour les buveurs de nectar noctambules : onagre, tabac d’ornement, pétunia, julienne des dames, jasmin.
Comme tout amateur de nectar, le papillon ne dédaigne pas une entorse à son régime : quand l'été viendra, une soucoupe d’eau peu profonde le dégrisera. Pensez aussi aux plantes nourricières pour les chenilles. Pas de bras, pas de chocolat. Pas de chenille, pas de papillon ! Paon du jour, robert-le-diable, vulcain… une dizaine d'espèces viendront pondre sur un simple carré d'orties. Plus classes et moins urticantes, les valérianes, les violettes, le thym, le serpolet et les roses trémières sont aussi fort prisées de ces papillons en devenir. Il faut bien bouloter avant de s'engoncer dans une chrysalide ! J'voudrais bien vous y voir…

Photo : Quand l'aile du papillon caligo se déguise en oeil menaçant ! © Gilles Martin.

Margaux ne fait pas grève, mais bon

Il y a une semaine, je vous livrais les conclusions d'une étude bretonne sur la drague dans les bars. En ce jour de grève nationale, j'ai envie de vous faire partager celles d'une étude finlandaise réalisée sur 2 200 fonctionnaires britanniques, entre 1997 et 1999, puis entre 2002 et 2004. Les chercheurs sont formels, selon un article paru dans Le Monde fin février : ceux qui travaillent plus de 55 heures par semaine ont des capacités mentales amoindries par rapport à ceux qui ont une durée de travail hebdomadaire de 40 heures.
Manque de sommeil, mauvaise hygiène de vie, déprime…, on ne sait pas bien pourquoi, mais la surcharge de travail affecte les facultés mentales. Du coup, je vous laisse : mon cerveau s'atrophie à vue d'oeil (je l'observe du coin de l'oeil dans la glace sans qu'il me voie, je vous assure, c'est spectaculaire…). Ouh la la… A défaut de draguer, j'vais me coucher !

Photo : Margaux rêve d'une sieste bucolique sous son tilleul, en guettant la première hirondelle…

Effervescence sociale

Il règne une atmosphère vibrionnante aujourd'hui, à Tours. C'est à la fois léger, avec ce soleil quasi estival (on irait bien à la guinguette si elle était ouverte !), et lourd, avec tous ces policiers égaillés dans la ville, à l'affût des rassemblements. Mon trajet des Halles à Mirabeau a été semé d'embûches et les étudiants m'ont l'air bien remontés. Grève de demain oblige, j'ai reporté ma virée parisienne à la semaine prochaine. Pas envie de me lyophiliser sur un quai depuis que j'ai été bloquée dans un TGV ! Et puis par ce beau temps, je suis mieux dans le Val de Loire, où les jardins reverdissent. Le domaine de la Chatonnière, que j'aime particulièrement, a rouvert à Azay-le-Rideau et nous offre un douzième espace végétal, le Jardin de la danse. Pour ceux qui ne seraient pas du coin, il reste quelques jours pour profiter de l'opération Plus de Touraine (hébergements à 50 % jusqu'au 6 avril). Et pour les Parisiens qui voudraient goûter à un nectar angevin sans franchir le périph, le cabernet d'Anjou se croquera dans le Marais le 20 mars prochain, à 19 heures, dans 20 établissements partenaires. Quatre artistes vous proposeront cinq oeuvres comestibles en accord avec ce doux rosé. Des oeuvres qui se mangent ! Un concept qui aurait plus à Andy Warhol, qui plantera bientôt ses toiles au Grand Palais (ses portraits en particulier). Ça et l'expo Tati (''Jacques Tati, Deux temps trois mouvements'', à la Cinémathèque française, à partir du 8 avril), vive le mois d'avril à Paris !

Fantaisie mortuaire

Ce matin, sur France Inter, une pub pour le Printemps de Bourges annonçait Bashung en tête d'affiche alors qu'il est mort hier après-midi.
Il y a des coïncidences troublantes. J'ai écouté son dernier album, Bleu pétrole, une partie de l'après-midi, et mon frère aussi. On s'y attendait un peu, il faut dire, puisqu'il avait annulé tous ses derniers concerts, mais quand même. Ça m'affecte. J'ai toujours aimé Bashung. Ses chansons m'accompagnent depuis l'enfance et c'est l'un de mes premiers concerts au Palais des Congrès du Mans. Je n'étais même pas majeure. Je ne l'aurai donc vu qu'une fois sur scène. Je m'en veux.
J'espère que son âme flotte sereinement comme son visage au milieu des lentilles d'eau.
Un jour je t'aimerai moins, jusqu'au jour où je ne t'aimerai plus. Un jour je sourirai moins, jusqu'au jour où je ne sourirai plus. Dieu merci, les artistes ne meurent jamais. Et le rose a des reflets bleus.

Une nuit en cabane

Avec Faustine, on vient de passer une nuit en cabane. Incitation à la paresse, délit de convivialité, attentat à la tartine de beurre…, les chefs d'accusation ne manquent pas. C'est un avertissement, mais on a très envie d'y retourner, en cabane. On y serait bien restées, d'ailleurs. C'est bien de prendre un peu de hauteur. On tire les rideaux en tissu basque et on voit la campagne angevine. Le printemps balbutiant, les oiseaux s'agitent : les pinsons des arbres se la pètent avec leur plumage nuptial, le pouillot véloce m'a bien fait comprendre qu'il était de retour en chantant à tue-tête. Au petit déj, riz au lait maison et pain perdu. Hum… Des gens charmants, les matons de la Chouannière.

Hier soir, avec Hélène, on s'est fait la petite auberge de Beaufort-en-Vallée, haut lieu de la boule de fort. Ça ne paie pas de mine mais on s'est régalées. En rentrant, j'ai respiré l'odeur de MA campagne. J'avais oublié. Cette odeur unique de terre mouillée et de végétal qui vous emplit les narines, le soir, quand vous sortez de votre voiture. J'avais oublié. A vol d'oiseau, mon jardin n'était pas très loin, et j'aurais aimé m'y réveiller, ce matin. Tirer mon rideau à moi, voir la mare sortir de sa torpeur, les lézards lézarder dans les fissures du tuffeau et pester sur le merle s'égosillant sur la cheminée. Au lieu de ça, nous sommes reparties pour la ville et ses émeutes potentielles (ça chauffe, le samedi, dans mon quartier !).

En chemin, on s'est poêlées en potassant un Guide de conversation français-anglais que j'ai reçu hier. C'est un petit bouquin fort drôle de Vincent Haudiquet, édité par Chiflet & Cie, déjà connus pour leur guide précieux Comment élever un ado d'appartement et du Gay Vinci Code. Le principe : apprendre à traduire des phrases d'une grande inutilité dans toutes les situations du quotidien que l'on peut rencontrer. Par exemple : "C'est fou ce que le thé améliore le goût de l'eau chaude" (It's great how tea adds flavour to hot water !). Au bar, pour parodier l'une des phrases de l'auteur à la mode Ackerman, ça donnerait : "J'espère que tu vas me rembourser le verre de crémant que tu as renversé car je n'ai l'intention ni de lécher le comptoir ni de le boire avec une éponge.". Un nouveau défi me vient à l'esprit : celui ou celle qui fera la traduction parfaite de cette phrase inutile en anglais gagnera une bouteille d'X Noir. Allez, une dernière pour la route, ou plutôt pour le rail (restons écolo), puisque c'est une phrase adaptée à un voyage en Eurostar : "La dernière fois, la mer était calme, nous sommes passés au-dessus du tunnel." Au fait, le guide en question, il coûte 12 euros… Ça vaut le coup d'investir pour quelques fous rires.

Souriez, vous êtes draguée

Des gens qui font des recherches bizarres, j'en ai quelques-uns dans mon entourage. J'ai un ami spécialiste du prion, j'ai connu une pointure de l'intelligence artificielle et j'ai croisé récemment une aranéologue au Muséum de Paris, qui passe sa vie à étudier les araignées. Chacun son truc, après tout. Mais un chercheur qui se penche sur la drague dans les bars, ça, ça ne m'aurait jamais effleuré l'esprit. On nous l'a martelé aux infos ces jours-ci : il y a 5 fois plus de chance pour une femme de se faire aborder par un homme dans un bar si elle lui sourit. C'est Nicolas Guéguen, de l'université de Bretagne-Sud, qui le dit. Le fait vient d'être établi scientifiquement. On ne badine pas avec la drague. C'est une affaire sérieuse.
Le test a été fait dans un bar de Lorient (et Dieu sait si les bistrots, en Bretagne, ça ne rigole pas !) : le cobaye - appelons-la une femme (avec tout le respect que j'ai pour les cochons d'Inde) - devait sourire à 50 hommes en les regardant environ deux secondes dans les yeux, puis en regarder 50 autres sans leur sourire. Drôle de job… Bref. Le cobaye, donc, a été abordé par 11 des 50 hommes à qui elle avait souri contre deux seulement parmi les pauvres gus qui ont dû se contenter d'un simple regard. Ça vous paraît logique ? A moi aussi.
Il me reste à faire le test, pour être sûre. Je file au Vieux Mûrier (ou aux Trois-Ecritoires, plus riche en testostérone), je mi'nstalle en terrasse, je commande un Picon Bière et je souris bêtement cinquante fois à tout ce qui passe, allez : homme, femme, serveur, chien, chat, aubergine, maréchaussée, facteur, pigeon voyageur, mon ex, sa nouvelle copine, bref, tout ce qui passe (bon OK, pour les deux derniers, ça va pas être simple !). On verra bien ce que je ramène dans mon duplex. Un homme, une femme, un serveur, un chien, un chat, une aubergine, la maréchaussée, le facteur, le pigeon voyageur, mon ex, sa nouvelle copine. Ça fait du monde (j'ai 6 chaises et un pliant d'appoint) dans 37 m2 (le chiffre de l'année : mon âge dans quelques jours, mon département et la surface de mon appartement). Pas grave, on fera une grande fête avec 37 bouteilles d'X Noir. Mon ami Pierre-O (au claire de la Lune euh…), qui pourtant n'est pas chercheur, vient de me dire une chose très juste au sujet de cette brillante étude comportementale bretonne : "On a beaucoup plus de chances de vivre vieux en étant en bonne santé." Souriez : c'est bon pour la santé !

Photos © Gilles Martin. Merci à toute l'équipe de l'Arche photographique, à Tours, pour sa promptitude !

Vivre mieux avec moins

Je me lève, j'allume la radio, j'entends le mot crise. Je me recouche. Non, je rigole. Si je me recouchais à chaque fois qu'on prononce ce mot, je passerais mes journées au lit, ce qui est moyennement constructif. Encore que, tout dépend ce qu'on y fait. Bref, j'allume la radio donc, et je reconnais la voix d'Yves Cochet, que j'ai interviewé la semaine dernière. J'ai beaucoup aimé son franc-parler, sa vivacité d'esprit (il est docteur en mathématiques, on sent que ça va vite dans sa tête). Franchement, un homme politique qui vous parle de bonheur à l'antenne, qui rappelle que l'homme n'est pas seulement une personne qui travaille, mais un poète ou un danseur, moi, ça me donne envie de l'élire président directement ! Zou. Au moins, il ne ferait pas de l'écologie cosmétique, lui. Certes, l'Antimanuel d'écologie qu'il a sorti hier chez Bréal n'est pas toujours facile d'accès. L'ancien ministre de l'Environnement, défenseur de la décroissance, y a sélectionné de nombreux textes qui vont d'Aristote à Serge Latouche en passant par Churchill ou Al Gore. Lesquels textes illustrent son propos, alarmiste, mais pas fataliste. "Ce n'est pas la fin du monde, c'est un changement de civilisation", dit-il. A nous de le réinventer. Plutôt que d'aller se recoucher.

Antimanuel d'écologie, Yves Cochet, éd. Bréal (21 €).

Pierre et son pousse-rapière

Une suave odeur de mimosa flotte dans mon salon. Je l'ai cueilli hier, à la mer, avec un bouquet de jonquilles du jardin. Elles paraissent toutes simples, dans leur vase, à côté de mon orchidée blanche toujours apprêtée. N'empêche que, pour une orchidée à 8 euros chez Ikéa, elle fleurit sans arrêt. Mais elle n'a pas d'odeur. C'est un peu convenu, mais c'est la Journée internationale des femmes alors je parle de fleurs. En fait, c'est un hasard. Je pourrais aussi vous parler du déjeuner dominical entre amis et du pousse-rapière de Pierre, versé dans mon crémant blanc de noir à l'apéro. Intéressant, au demeurant. Je ne connaissais pas cette liqueur d'armagnac. Nous avons fait un sort aux langoustines que j'avais cuites hier et aux tourteaux bien frais ("bien agréables !", ajouterait Muriel Robin), avant de dévorer une géline impeccable (un coq, pas une poule cette fois, journée des femmes oblige, a dit Pierre) avec un saint-émilion grand cru, une mizotte de Vendée et un kouign amann, une spécialité bretonne originaire de Douarnenez. "Le fait qui veut, le réussit qui peut", dit l'adage. Sous une apparence simple, il s'agit ni plus ni moins d'un petit levain que l’on recouvre de beurre frais, puis de sucre, et que l’on replie plusieurs fois comme une pâte feuilletée. Bon, j'arrête de parler de bouffe. Ç'a beau être la journée des femmes, c'est pas une raison pour s'enrober ; 8 mars, ce n'est pas le nombre de barres chocolatées qu'on est censées avaler dans la journée… Tiens, le 8 avril, pile dans un mois, je serai en partance pour le Canada, direction Vancouver, côté Pacifique. J'y ai vécu six mois il y a quatorze ans. Ça va me faire bizarre d'y retourner. Au moins, là-bas, ni mizotte, ni kouign amann. Un reportage, certes, mais des vacances bien méritées pour mon estomac dilaté !

Photo : Quelle est donc cette image ? 1 - Un détail de mon sac à main en croco. 2 - Les touches du piano d'Elton John vues du ciel. 3 - Une goutte de X Noir cartographiée par l'IGN. © Gilles Martin

Jaune mimosa

Plaisant, en fin de compte, ce séjour sur la Côte de Jade. Les mimosas sont en fleurs, les ajoncs aussi, qui exhalent leur délicieuse odeur de noix de coco sur le sentier des douaniers. Moins d’ondées que prévu. Du soleil même, aujourd’hui, mais un vent frisquet. Pour oublier la fraîcheur, nous nous sommes plongées hier dans les vapeurs du hammam du Lieu Unique, mon lieu favori, à Nantes. Dans les sous-sols de l’ancienne usine LU, la décoration orientale a su conserver des éléments d’architecture industrielle. Entre deux bains de vapeur et un gommage au savon noir, on sirote à l’envi du thé à la menthe sur des transats, dans la salle de détente aux lumières tamisées. C’est bon. En sortant huilées et ramollies, nous avons visité une expo déroutante du collectif des Requins Marteaux, Il était une fois l’huile, justement (jusqu’au 3 mai, entrée libre). Amusant et cynique. C’est à l’huile, également, d’olive cette fois, que j’ai poêlé mes noix de saint-jacques, embrochées sur des tiges de romarin (volées dans un parterre municipal), puis servies par assiette avec une purée de courgette et de panais, le tout arrosé d’une vinaigrette au balsamique. Un franc succès avec une lampée de muscadet. Ce soir, dîner à L’Artimon, une des meilleures table du Pays de Retz. L’artimon, c’est le mât le plus à l’arrière d’un voilier. Après quelques verres, sûr que ça va tanguer !

Photos : Parapentes sur la plage de la Boutinardière, près de Pornic. Ma récolte dans les laisses de mer, abandonnées par la marée : de gauche à droite, goémon noir, tellines papillon, crépidule (un coquillage qui naît mâle et qui devient femelle ; ça doit être marrant !), une patelle (ou bernique), un objet non identifié (végétal ?), une autre crépidule trouée par un perceur (un gastéropode qui fore les coquilles avec sa radula pour en manger le contenu), un donace, un pétoncle, un troque cendré, des littorines, un perceur (ou un bulot ?) et une huître. En dessous, un couteau et un bois flotté.

Swimming in the rain

Après "stressing in the train", c'est "swimming in the rain", aujourd'hui. Je rentre trempée du marché. On ne dirait pas que j'habite à deux pas… Dans le genre, reine des bons plans, je pars dans une heure à la mer avec des amis. On dit toujours pour se consoler : "La mer, ça a du charme sous la pluie, c'est pas comme la montagne !". Mouais… Moi je dis, pour se consoler, il y a le muscadet et les fruits de mer, surtout, les piscines Thalasso et les crêpes beurre sucre. Attendri par une telle perspective, mon marchand de fruits, qui avait regardé consciencieusement la météo, m'a offert une clémentine. Pas bon signe. Alors j'ai fait une razzia à la maison de la presse. J'ai acheté le premier numéro de Terra Eco, qui se veut le magazine du développement durable (fabriqué à Nantes) et qui m'a l'air pas mal ; le numéro événement de Géo, qui fête ses 30 ans (une valeur sûre) ; Terre Sauvage, qui consacre un dossier à La Rabelaisie (comprenez le Chinonais). C'est écrit par Maurice Soutif, une valeur sûre aussi, mais les dessins sont moyen. Il y a aussi un beau dossier de balades en Vendée. Bref, que des lieux où on peut boire du vin de Loire ! Plus exotique, le numéro d'Ulysse sur le Japon en train. J'ai bien fait de repousser mon voyage : l'archipel nippon en train, ça m'intéresse au plus haut point. En attendant, cap vers l'estuaire de la Loire.
Photo : Nature morte entre Bretagne et Loire-Atlantique, qui bientôt ne pourraient faire qu'un. Après les guerres picrocholines, une guerre civile en préparation ! On me pardonnera un oubli de taille : le muscadet sur lie. Un saumur blanc ou un chenin font aussi très bien l'affaire avec les fruits de mer.

Quant tout déraille…

Je suis mûre pour avoir le César de la poisse. Hier soir, j'ai été bloquée cinq heures dans le TGV Rennes-Le Mans. Un vrai sketch si les raisons n'avaient pas été aussi dramatiques : 2 suicides et une moto écrasée sur un passage à niveau. Autant dire que les portables ont marché bon train, sans mauvais jeu de mots, sauf le mien, qui, bien sûr, n'avait plus de batteries. Obligée de solliciter le beau pompier qui racontait des horreurs devant moi : un homme scalpé dans un accident de la route ; une femme retrouvée morte à moitié dévorée par ses chiens… Une acariâtre s'est mise à râler après les mobiles qui surenchérissaient à chaque annonce SNCF - et Dieu sait s'il y en a eu -, mais s'est avérée plus bruyante au final que les portables eux-mêmes. Un abruti a allumé sa radio comme s'il était seul sur une île déserte. Je l'ai prié de l'éteindre car je travaillais : il m'a insultée comme un charretier. Etonnamment, je suis restée très zen, plus que jamais solidaire des gens qui s'étaient jetés sous le TGV. On a fini par nous apporter des plateaux-repas immangeables et des bouteilles d'eau. J'ai pensé qu'une distribution d'X Noir dans cette nuit noire aurait clairement allégé l'atmosphère. Autant vous dire que ma nuit dans l'unique 4* de Rennes était déjà évanouie. Tout comme mon tour à vélo et mon succulent repas de crêpes bio aux Portes mordelaises…
De Rennes, nous sommes repartis à Nantes, alors que notre train avait justement attendu plus d'une heure un TGV de Nantes, censé aller à Lille. A Nantes, on a eu la possibilité de reprendre un TGV pour Rennes sur le quai voisin, mais bon, on en venait, tout de même. J'envisage de vivre à Rennes un jour : c'est peut-être un signe ? Les Lillois, eux, ont eu le plaisir d'apprendre que, finalement, le TGV, si d'aventure il repartait, s'arrêterait à Paris pour n'en repartir que le lendemain à 5 h 15. Mais bon, ils pourraient dormir dans le train. La belle affaire !!! Remarquez, on tient en longueur dans les porte-bagages. Au bout d'un moment, ça m'a fait penser au sketch de Chevallier et Laspalès Le Train pour Pau.. Rappelez-vous : "C'est vous qui voyez. Y en a qu'ont essayé, ils ont eu des problèmes…"

Photos : Fines bulles du Far Ouest et excellente crêperie bretonne (Les Portes mordelaises, à Rennes). L'hôtel spa Lecoq-Gadby, un bel endroit à la démarche écolo très aboutie.

MHAD

Seule devant ma bouteille de Plancoët (zéro nitrate, c'est précisé sur l'étiquette, comme pour un vin sans sulfates !), je savoure mon eau costarmoricaine ; une fois n'est pas coutume : pas un repas sans vin depuis vendredi soir. Je me remets à l'eau pour pouvoir enfourcher dignement mon vélo, demain matin. Je vais faire un petit bout de la voie verte entre Rennes et Saint-Malo. Pourvu qu'il fasse beau !
Quel est donc cet acronyme qui fait office de titre, vous demandez-vous probablement, sauf pour les initiés qui connaissent (et il y en a quelques-uns dans mon entourage) ? Rien à voir avec un nouveau label de qualité (même s'ils le sont, de qualité) ni avec le BHV. MHAD, c'est d'abord chez eux que j'ai dîné ce soir. Et fort bien mangé d'ailleurs : après des petits canapé de (bon) saumon fumé et de rillettes de volaille avec une petite salade d'endives aux avocats (arrosés d'un excellent muscadet naturel), on a dégommé une échine de porc cuite quelques heures à l'étouffée dans une Römertopf, cette fameuse cocotte allemande en terre cuite. Un délice, avec le chinon que j'avais apporté (désolée, j'ai écoulé ma dernière bouteille de X Noir hier soir, chez Olivier). Apparemment, aussi bizarre que cela puisse paraître, il existe désormais des modèles pour les micro-ondes, pour ceux, qui comme moi, ont le malheur d'avoir une cuisine microcospique interdisant l'usage d'un four traditionnel.
Mais revenons à nos initiales énigmatiques, derrière lesquelles se cachent Marie-Hélène Le Marquer et Antoine Delplancq, deux peintres rennais qui immortalisent sur leurs "drôles de pancartes" – naïves et espiègles – les sujets emblématiques de la Bretagne. Phares et fars bretons, bateaux, cabines de plage, poissons et oiseaux, paysages ou spécialités culinaires, ces icônes colorées sont la synthèse aboutie de l’épure et de la flânerie. MHAD expose(nt) surtout dans les bistrots et les restaurants. Mais on peut aussi acheter leurs pancartes sur leur blog bien sympathique, animé par un banc de sardines (ou de maquereaux, plutôt ?). Vous y trouverez la genèse de leur travail, suspendue d'une certaine manière dans la cuisine où est né le repas décrit ci-dessus (en photo sur leur blog). Et vous en apprendrez de belles sur le craquelin. "Supposons que Marcel Proust ait eu une tante Léonie bretonne... est-ce que le monde de la littérature en eût été changé ?". Le suspense est insoutenable ? Faites un tour sur le blog de MHAD… Allez, noz vat !

© Les bulles bretonnes vues par MHAD.