novembre 2008 - XNoir

Noces à Grenelle

Aujourd'hui, les Franciliens pourront saluer les girafes du zoo de Vincennes pour la dernière fois avant bien longtemps, le temps de la réfection des lieux. Une question m'est venue à l'esprit : comment transporte-t-on une girafe ? Allongée, sanglée, avec les sabots qui dépassent ? Debout, le cou plié vers le bas (à lui seul, quasiment la taille de Sarkozy), maintenu par un élastique à la hauteur de sa démesure ? En kit ? C'est une vraie interrogation. S'il y a des spécialistes des convois exceptionnels parmi mes lecteurs, je suis preneuse. Il faudrait demander au zoo de Doué-la-Fontaine, très renommé, notamment pour son curieux décor troglodytique. Leurs girafes sont originaires du zoo de Vincennes, justement, où leurs ancêtres ont été importés pour l’exposition coloniale de 1931. Ça me rappelle une anecdote sur la première girafe arrivée en France, le 23 octobre 1826, à Marseille. Elle s'appelait Zarafa et fut offerte à Charles X par le pacha d'Egypte. Il avait fallu modifier le bateau qui la transporta. De Marseille, elle a rejoint Paris… à grandes enjambées (on dit qu'elle va l'amble, car elle se déplace en levant les deux pattes du même côté), en cinq semaines, avec un imperméable à sa taille. Il aurait été dommage qu'elle s'enrhume. Un beau livre a même été consacré entièrement à cet événement… de taille (paru chez Arléa en 2006). Aujourd'hui, on peut admirer la première grande dame de France au Muséum de La Rochelle, restauré récemment (je vous le conseille). Signe des temps, les muséums connaissent un regain d'intérêt. Personnellement, j'adore les muséums, mais la nature mérite qu'on la découvre autrement que dans des vitrines ou du formol. A cet égard, Abd Al Malik a composé une magnifique chanson d'amour pour la planète, Noces à Grenelle, dans son dernier album, Dante. Dantesque.

Equité, solidarité, convivialité

Après mon cours de qi gong, ce matin, j'avais quelques courses à faire. Ma corvée hebdomadaire a pris un autre sens sous le signe de la solidarité. La Banque alimentaire, postée à l'entrée, invitait les chalands à faire un don : conserves, céréales, pâtes… Il est rassurant de constater que même en temps de crise, la solidarité n'a pas totalement déserté les allées des supermachés, encombrées par les chocolats et autres douceurs de l'avent. Cette collecte nationale, assurée par 90 000 bénévoles jusqu'à demain inclus, devrait permettre de récupérer 10 000 tonnes de denrées non périssables, soit 20 millions de repas, ce qui représente grosso modo 14 % de la distribution annuelle. Personnellement, j'ai choisi des paquets de coquillettes, des sardines à l'huile, des petits pains grillés et de la confiture de fraise (le petit déjeuner est un moment privilégié, j'imagine, quand on n'a rien à manger). Demain soir, c'est la convivialité qui sera l'alliée de la solidarité. Une soirée jeux est en effet organisée à Tours au profit d'Handicap International. C'est une amie, Marie, qui s'en occupe, entre autres bénévoles. Que ferait la France sans le bénévolat ? Sur ce, il faut que j'vous laisse. Mon idiot de chat est coincé derrière ma machine à laver… Roulements de tambour (sans lessive) : après intervention des Brigades du Tigre, le fauve a été libéré sans dommages. Faites des chats…

Il neige dans les rues d'Antibes

Ma marchande de champignons (de Bourré, pas de Saumur…) me déclarait ce matin au marché, dépitée : "Il neige à Antibes et pas chez nous". Elle rêve de 5 cm de neige au-dessus des cheminées. Autant dire la paralysie totale dans nos contrées, où le moindre flocon nous fait déraper. Il y a deux ans, coincée dans ma campagne à cause d'une belle poudreuse, j'ai été rapatriée sur Tours par un ami aguerri aux chaînes. Malgré cet équipement inhabituel en Val de Loire, nous avons fini dans un champ à la faveur d'une descente, en glissant sans dommage jusqu'à l'arrêt du véhicule. Il neige dans les rues d'Antibes, donc, et cela amuserait probablement Sydney Bechet. En parlant de neige, j'ai découvert des photos étonnantes exhumées des archives du légendaire magazine ''Life'', qui s'est acoquiné avec Google pour qu'elles soient accessibles gratuitement sur le Net. Et je me régale : imaginez, sur les 10 millions d'images réalisées par des professionnels, 97% n'ont jamais été vues par le grand public. Mon regard a notamment été happé par une photo de Wallace G. Levison, qui a immortalisé sa mère sur une drôle de chaise-traîneau, le 13 février 1888, au Prospect Park Skating Lake, à New-York. Un micro-évémenent qui a 130 ans…

Photo : Ma campagne tourangelle sous la neige, le 28 janvier 2006.

Une petite pièce pour Leonard Cohen

Le monde est injuste. La rumeur dit que Leonard Cohen, monument de la chanson et de la poésie, se produit trois soirées à l'Olympia pour se renflouer. Ça vous casse direct un mythe. La crise financière toucherait-t-elle aussi les artistes intouchables ? Que nenni. Pendant que ce bel homme à la voix sépulcrale méditait dans un monastère bouddhiste de Californie, sa manager le plumait sans scrupules au point de dilapider sa fortune. C'est moche. Voilà donc l'interprète de Suzanne contraint, à 74 ans, de remonter sur scène, un chapeau sur la tête. Pour faire la manche ? C'est toujours mieux que sur le trottoir, où certains meurent déjà de froid (ça n'a pas traîné). Mais quand même. Ça fait de la peine. Même Cohen se monnaye dans notre impitoyable monde marchand. Pendant que Leonard chante pour son banquier, Sheller (William, pas Clara) revient sur les ondes. J'aime bien ce gars-là, discret, rassurant comme un vieux chêne avec lequel on a grandi. L'émission Sur la route, dont j'apprécie la programmation éclectique, décomplexée, voire ringarde, lui consacre trois volets pour la sortie de son nouvel album, Avatars. Dans la religion hindouiste, c'est (pour faire court) le nom donné aux réincarnations de Vishnu. Belle transition, n'est-ce pas ? Bouddhisme, hindouisme, vive les chanteurs mystiques, foin des bassesses économiques !

Photo : S. Piette.

Paris féerique sans le périphérique

Il faisait un froid de canard, à Paris, samedi. Comme je me rendais au théâtre du Rond-Point, sur les Champs-Elysées, j’ai pu admirer les illuminations de « la plus belle avenue du monde » (ce qui se discute). Elles sont un peu différentes, cette année. Il y a un effet étonnant, comme des gouttes de lumière qui tombent des branches à intervalles réguliers. C’est beau, il n’y a pas à dire. Il paraît qu'elles sont même écolo. Mes zygomatiques ont été mis à rude épreuve pour la seconde fois en deux jours. Après Valérie Lemercier, ma cure intensive de culture m’a entraînée dans un bain d’absurdité. Mais de l’absurde intelligent, subtil et réfléchi. Difficile de résumer Les Diablogues, une pièce de Roland Dubillard interprétée avec brio par François Morel (ex-Deschiens aux mimiques inimitables) et Jacques Gamblin (jusqu’au 7 décembre, à 18 h 30, puis en province jusqu’en 2009). Dans un décor de voûte céleste, les deux compères échangent en se vouvoyant sur des petites choses de la vie – un compte-gouttes, la pluie, la montagne… – qui prennent une dimension existentielle, avec un arrière-goût de Beckett et de Ionesco. C’est hilarant, vraiment, et plein de poésie.
Enthousiasmée par cette représentation, j’ai donc sablé le X Noir avec mes amies parisiennes, qui ont beaucoup apprécié cette découverte pétillante. Hier, petite entorse au régime ligérien. Impossible, chez ce caviste parisien, de trouver un Anjou ou un Touraine primeur. De dépit, j’ai apporté à d’autres amis une bonne bouteille de Beaujolais nouveau. Je ne suis pas fan, habituellement, mais celui-ci était de qualité, non filtré, et très aromatique, je dois l’avouer. A l’heure du thé, chez mon copain réalisateur, j’ai opté pour un jus de carotte bio avec des macarons de chez Pierre Hermé (s’il vous plaît) qu’un ami m’a gentiment rapportés. Des douceurs à se damner comme on en trouve plein au Lafayette Gourmet, lieu de perdition s’il en est ! Le défi : résister. Aussi colorées que mes macarons, les vitrines animées des grands magasins d’Haussmann ont achevé de me séduire. Beaucoup de rose façon X Noir, cette année, dans ces « aquariums de Noël » où s’affairent des peluches besogneuses. En parlant de froid de canard, les canards roses sont vraiment craquants. Un spectacle féerique que je ne raterais pour rien au monde. Ah, Paris, ses odeurs de marrons grillés, ses orgues de Barbarie…

Photos : Les vitrines animées des Galeries Lafayette, boulevard Haussmann. © François Daburon

X Noir intramuros

Ma Samsonite à roulettes, ma bouteille de X Noir et moi sommes arrivés à Paris hier. Tant que j'y vivais, je rentrais tous les quinze jours dans les Pays-de-la-Loire pour respirer ma bouffée d'air frais. Désormais, c'est le contraire : chaque mois, je file sur la capitale prendre ma bouffée de culture et d'air vicié. Les roulettes ont remplacé le sac à dos, signe que je ne me rajeunis pas ! J'ai appris à les manier avec dextérité dans les couloirs bondés du métro, pas du tout conçus pour ce genre d'engin. Et là, mes vieilles habitudes reviennent au galop.Je m'arrête d'abord chez ma coiffeuse attitrée, retrouve avec un plaisir non dissimulé les épiceries de quartier pleines à craquer, avec leurs packs d'eau empilés. On peut à peine s'y retourner. Et les terrasses de café, occupées à toute heure. Sur le boulevard Saint-Germain, j'ai contemplé en vitrine d'une librairie une affiche promotionnelle de mon dernier bouquin, dont la sortie est imminente. C'est une joie indicible de voir ainsi se matérialiser un projet que j'ai porté tout l'été. Débarrassée de mon sac à roulettes, la bouteille de X Noir dans le Frigo de mes amies, j'ai mis le cap sur la mythique salle du Palace, tout juste rénovée, pour y applaudir mon idole, Valérie Lemercier. Une épreuve pour les zygomatiques. Mais je suis restée sur ma faim. Trop de similitudes avec son dernier spectacle, à mon goût. Elle excelle néanmoins toujours dans ses personnages fétiches : l'attachée de presse, la petite fille, la bourgeoise… Le ciel est en partie bleu aujourd'hui. Dommage, je vais m'enfermer au Festival du livre et de la presse d'écologie. En même temps, je ne suis pas venue à Paris pour me mettre au vert ! Ah, ce bon bol d'air vicié. Le X Noir, ce sera pour ce soir.

Photo : Les toits de Paris vus d'un iPhone.

Se ressourcer aux Prébendes d'Oé

Depuis que j'ai quitté ma maison de campagne, ses grenouilles, ses oiseaux et son tilleul vénérable, j'aime me ressourcer aux Prébendes d'Oé. Bizarre, ce nom de jardin public. Les Tourangeaux disent les Prébendes, nom donné au quartier et aux revenus qui étaient versés jadis au prévôt d’Oé, chanoine de Saint-Martin. En rentrant par la grande grille de la rue Salengro, on est salué par la statue de Ronsard, digne au milieu d'un parterre de mosaïques qui m'évoque un peu le pédiluve d'une piscine municipale ! Comme dans tous les jardins conçus par les frères Bühler, paysagistes de la fin du XIXe siècle (on leur doit les parcs du Thabor, à Rennes, et de la Tête-d'Or, à Lyon), les arbres sont regroupés par essence et la présence de l'eau est importante. Hier matin, une poule d'eau justement (je devrais dire une galinulle poule d'eau, pour ne pas froisser les ornithos) a chipé un bout de pain à un colvert et s'est enfuie ventre à terre, sur ses grosses pattes verdâtres. Sur la petite île qui occupe le centre du lac, les immenses cyprès chauves n'étaient pas chauves du tout, juste roussis par l'automne. Comme les mélèzes, ces conifères d'Amérique du Nord perdent leur "feuilles". J'ai remarqué de grosses racines aériennes verticales, qui ourlent les rives de l'îlot, énigmatique sculpures végétales. A l'arrière-plan, un tapis jaune vif décorait la pelouse verte, au pied du gingko biloba. J'ai alors compris pourquoi on surnomme cet arbre "fossile" l'« arbre aux mille écus ». C'est vraiment un joli jaune doré, plein d'éclat.
Outre ce Jardin remarquable, on a aussi un Arbre remarquable, à Tours, un cèdre du Liban planté en 1804 dans le jardin du Musée des Beaux-Arts. Ses branches sont si lourdes qu'elles doivent être étayées. En rentrant des Studios, où j'ai vu Musée haut, musée bas (une comédie que je ne vous recommande pas, malgré une incroyable palettes d'acteurs célèbres et quelques répliques qui font mouche), j'ai remarqué qu'il était éclairé comme un monument historique, le soir.
Dans la série des arbres qui m'ont marquée, je retiendrai surtout les Faux de Verzy, ces hêtres tortillards aux branches noueuses, sur la Montagne de Reims. Un mystère, qui s'explique, mais un mystère quand même. Et l'occasion de goûter à d'autres bulles, celles du Champagne !

Photos : Le jardin des Prébendes (© Yves Brault, Archives municipales de Tours). Faux de Verzy, dans la Marne.

La pesanteur d'une erreur

Alors que je machouille une salade de cornette (ma scarole préférée), ma fourchette reste en apesanteur devant l'information du 20 heures. Même les professionnels héroïques font des boulettes en dehors de la planète. Quelque part, ça rassure. Une astronaute, métier qui me faisait rêver quand j'étais gamine, a perdu sa boîte à outils dans le (X) Noir intersidéral. C'est ballot. Sur la vidéo, on voit la mallette s'échapper, l'air (si je puis dire) de rien, et la main de la malheureuse tenter en vain de la rattraper. Trop tard ! "Super", lâche-t-elle, désarmée. Difficile de courir après, j'imagine. Surtout avec un tel accoutrement… Apparemment, c'est le plus gros objet jamais perdu à cette altitude. Ça a beau être devenu banal, ça me fascine, ces sorties orbitales. Déjà qu'avec les pieds sur terre, j'ai bien du mal à utiliser un marteau ! Que deviendront ces Objets Volants Parfaitement Identifiés ? Finiront-ils dans un musée du cosmos, trouvés par hasard par des archéologues intergalactiques interloqués ? L'avenir ne nous le dira pas, Jean-Claude Bourret non plus. Je zappe. Clara Sheller : nettement plus prosaïque. C'est sûr, ça se laisse regarder. Mais quel tissu de clichés ! Une journaliste trentenaire payée à faire son billet dans un hebdomadaire. Elle est mytho, immature et flanquée de son meilleur ami homo (forcément). Ils sont tous beaux et très parisiens. Je n'ai rien contre les Parisiens, pour avoir vécu douze ans dans cette belle capitale, mais de grâce, qu'on nous épargne les parents provinciaux grisâtres et acariâtres, ringards et rétrogrades, dans leur vilain intérieur qui sent l'encaustique et la naphtaline rien que d'y penser. En région, comme on dit maintenant (province, ça sonne trop méprisant ?), on a aussi de belles décos, on a aussi des homos. Si si, j'vous assure. Ah, ça m'énerve ! J'vais m'calmer en orbite, avec ma faucille et mon marteau.

En voir de toutes les couleurs

A l'heure qu'il est, je vois la nuit en rose. Je n'ai pas pris d'euphorisant ni de drogue illicite, juste allumé une drôle de lampe d'une rondeur hypnotique. Comment vous dire ? C'est rond comme une bulle de pétillant, noir (comme le nom de votre pétillant…) et ça diffuse une lumière de la couleur qu'on choisit. Rose, pour moi, en l'occurence, mais ça peut être vert, bleu, jaune (pas moins de 256 nuances !)… On choisit sa couleur sur une amusante télécommande, tout comme l'intensité lumineuse, grâce à un variateur, et le contraste. On peut opter aussi pour un mode aléatoire, et là c'est la surprise ! Pourquoi je vous raconte ça… parce qu'il se trouve que c'est bientôt Noël et que la plupart des gens cherchent des idées de cadeau un peu originales. Mais ça n'est pas la raison principale (Noël, pour tout vous dire, je m'en fiche un peu…). Il se trouve que je reviens aussi d'une rencontre-débat de Femmes 3000 Touraine autour d'un verre de pétillant, mais surtout autour des économies d'énergie, animée par l'Espace Info Energie de l'Ademe. Et le directeur nous expliquait, entre autres, que l'avenir de l'éclairage, ce sont les Led (Light Emitting Diode ou diodes électroluminescentes en bon français). Longtemps cantonnées aux voyants de nos appareils hi-fi, elles existent désormais sous forme de lampes d’appoint, de balisages (pour escaliers, allées de jardin…) et de petits luminaires sans fil (à piles) à coller, aimanter ou poser dans les recoins sombres des placards… Elles consomment très peu et durent des milliers d’heures. Or, il se trouve que l'appareil diabolique aux allures seventies que je vous décris fonctionne avec des Led, lesquels peuvent durer jusqu'à 20 000 heures sans risque de surchauffe. Ça fonctionne sur le secteur et la télécommande à piles, certes, mais ça n'est pas énergivore. La révolution lumineuse est en marche. Nous allons en voir de toutes les couleurs !

Photo : soucoupes volantes à l'approche de Saumur. Lampe LivingColors (à partir de 99 €, Philips).

Drôles de dames

Ça vaut parfois le coup de tendre l'oreille quand on fait ses courses. Hier, en allant à La Poste, j'ai croisé une mamie plantée comme un i près de la sortie. Et un client qui la connaissait de lui demander ce qu'elle attendait, stoïquement : "Je ne sais plus pourquoi je suis venue à La Poste, alors je réfléchis aux raisons qui m'y ont conduite", répondit-elle, goguenarde. J'ignore si elle attend encore à l'heure qu'il est. Ce matin, je faisais la queue à la rôtisserie des Halles, derrière Leslie Bedos (la fille de), en quête, comme moi, d'un petit poulet rôti. Derrière moi, un monsieur s'étonnait auprès d'un autre qu'une de ses connaissances ne l'ait pas salué. "Normal, lui répondit son interlocuteur. Depuis qu'elle a ses nouvelles lunettes, elle ne reconnaît plus personne." Surréaliste, n'est-ce pas ? Bienvenue dans la quatrième dimension ! Drôles de dames. Il y en avait aussi pas mal, des drôles de dames, hier soir, au 8e Dîner des vendanges, traditionnel événement saumurois qui se déroulait dans les caves d'Ackerman. Autour d'une tablée de 70 convives et d'une vingtaine de comédiens de l'association Saumur, la Loire et l'histoire, les anecdotes locales allaient bon train, à ceci près qu'elles remontaient à 1908 (date de naissance des Pieds Nickelés !) ou 1808. Après une rasade d'X Noir, on en apprit de belles, entre deux plats savoureux, sur le passage de Napoléon à Saumur (pensez-donc, il y resta deux heures… au lieu de deux jours !). On a hué Guignol comme il se doit, chanté la vigne, repris en coeur Fanchon ("elle aime à rire, elle aime à boire !"), écouté religieusement les chants lyriques de la soprano russe Natacha Makarova avant que les drôles de dames aux allures de Vamp ne mettent leur tektonik à fond ! Malgré mes neveux adolescents, qui me tiennent un peu au courant, je ne connaissais pas la tektonik (je suis à côté de la plaque ! ;). J'avais vaguement entendu parlé d'une danse de jeun's où on agite les bras. Alors pour ne pas mourir bête, je suis allée voir une démonstration sur Youtube. En plus, c'était sur une reprise de "mon époque". Ça ne m'a pas paru révolutionnaire. Ado, il me semble que j'agitais les bras avec la même frénésie sur des morceaux de dance et de techno. Pas vous ? Et je n'avais pas besoin de boire du X Noir pour cela ! Vingt ans plus tard, je ne me sens pas tout à fait dépassée. Pareil pour Les Pieds Nickelés : j'adorais en acheter au marché, pendant mes vacances à La Bernerie-en-Retz. Et je les ai gardés… Rien ne se perd, tout se transforme. La base même de l'écologie ! Allez, en piste : danse, lève les bras, bouge ton corps… sans te prendre les pieds nickelés dans le tapis !

Les promesses d'un millésime

Le millésime 2008 sera "mordant", affirmait un vigneron, hier soir, lors du lancement du ''Guide Hachette des vins 2009, qui s'est déroulé au prestigieux Hôtel de l'Univers, à Tours, autour de succulents petits fours. Les « jus » patientent désormais dans les cuves et l'on s'interroge d'ores et déjà sur le millésime 2008. Résumé des faits : du gel au printemps, un été maussade, un mois de septembre clément, des vendanges tardives et un petit rendement. Le millésime 2008, selon un vigneron de Bourgueil, pourrait être proche de celui de 2006. Chez Interloire, Jean-Pierre Gouvazé estime pour sa part que le milllésime "se rapproche de 2002, avec de beaux jus et des acidités qui soutiennent particulièrement bien les équilibres. On peut pronostiquer un profil de vins frais et fruités, tout à fait fidèles au climat septentrional de la Loire." Son conseil, ne pas tarder à faire ses achats en raison des stocks limités par les petites quantités récoltées. Ces vins devraient s'apprécier dès le printemps prochain. La présence d'une bonne acidité garantit par ailleurs une bonne conservation en cave.
Mon Guide Hachette des vins en main (j'aime ce beau livre dodu, sorte de cave idéale de 10830 vins !), je me rends bien vite à la page des fines bulles de Loire, page 945 pour les crémants-de-Loire. La Grande Réserve d'Ackerman y figure en bonne place, avec une étoile. "Flatteur dans sa robe jaune pâle aux reflets dorés, il mêle au nez les fruits mûrs et des touches empyreumatiques", dit la bible des vins. Tiens, encore un nouveau mot. Ni une, ni deux, je fonce sur le site Internet du guide leader, qui fêtera ses 25 ans l'an prochain. Recettes, accors mets-vins, oenotourisme…, une bonne partie du site est accessible gratuitement. C'est bon à savoir et plutôt bien fichu. Par exemple, dans les accords mets-vins, jamais simples à trouver, je regarde, au hasard, la recette des cuisses de pintades aux cèpes. Le moteur de recherche me répond fissa : chablis, chassagne-montrachet, jasnières (si, si, j'vous jure, je ne suis pas peu fière…), montagne-saint-émilion et… saumur-champigny. Deux vins du Val de Loire, et pas des moindres (soyons chauvins !). Mais tout ça ne nous dit pas ce que signifie le pompeux adjectif "empyreumatique". Je finis par trouver : en gros, ça fait référence aux odeurs de brûlé, de fumée (genre pain grillé, pierre à fusil, cacao ou café).
Cette parenthèse de vocabulaire refermée, finissons sur les guides. Le Saumur blanc Secret des Vignes 2004 a été noté 14/20 dans l'édition 2009 du ''Grand Guide des vins de France'' (Bettane & Desseauve). C'est page 1035…

Photo : vignes automnales au Vaudelnay, près du vendengeoir d'Ackerman-Rémy Pannier, non loin de Montreuil-Bellay.

Comme dans une chanson de Vincent Delerm

Il exaspère un tas de gens. Moi, j'ai toujours aimé Delerm. Peut-être parce que j'ai eu la chance de tomber sous le charme de sa nonchalance et de son écriture juste avant qu'il ne devienne célèbre, en première partie d'un concert de Thomas Fersen, à La Cigale. On lui avait même parlé, avec mon amie, et il s'apprêtait à enregistrer son premier album. Quelques semaines plus tard, on reconnaissait sa voix caractéristique sur FIP. Je l'ai revu au Vinci, il y a quelques mois, à Tours, avec une autre amie, et j'en garde un très bon souvenir. J'ai bien ri. J'aime son romantisme échevelé, son parisianisme assumé, son visage pas rasé, son air désabusé et sa manie du name droping. Je conçois aussi qu'il puisse agacer. Rien de neuf sous le soleil de son nouvel album. Quelques beaux morceaux, des textes délicats, bien à lui, mélodies mélancoliques ou ballades légères, sautillantes. En me concentrant sur le contenu, je constate une fois de plus que le vin ne fait pas partie de son univers. C'est, curieusement, le cas chez de nombreux chanteurs français (Miossec n'en parle pas non plus : il en boit !). Pourtant, il y aurait matière avec tout ce vocabulaire. En discutant la semaine dernière avec Vincent (Hudon, cette fois, pas Delerm), technicien en viticulture chez Ackerman, j'ai découvert sur le site du Vaudelnay, près de Montreuil-Bellay, que les vendanges étaient versées dans des conquets ; que des "hérissons" (ou érafleurs) séparaient ensuite les grains de raisin de leur rafle. Une pompe à vendanges dotée d'une "queue de cochon" achemine les raisins dans le pressoir, qui fait sortir le jus des raisins. Ce moût s'écoule dans une maie, puis un bellon. Ah, j'allais oublier le "débourbage", qui consiste à éclaircir le jus en piégeant les petites particules qui y surnagent… Personnellement, j'ai déjà appris cinq mots. Quand le moût entre en fermentation, on parle de "bernache" (ou bourru). Bref, après toutes ces aventures, je me suis retrouvée devant une cuve de pineau d'Aunis, figurez-vous. Forcément, j'en ai bu. Un mois et demi après sa récolte, il n'y avait pas encore d'alcool dans le joli breuvage rose que Vincent a versé dans mon verre. M'étonnant de cette couleur un peu Barbie, j'ai alors appris un autre mot, plus barbare celui-ci. Si la couleur du vin évolue en fonction de sa maturation, c'est la faute à l'anthocyane, une molécule colorante de la famille des polyphénols. Dans la foulée, j'ai goûté un pineau d'Aunis après la fermentation : j'ai eu l'impression de croquer un bonbon acidulé, qui s'est révélé poivré en fin de bouche. Au troisième essai (pas de doute, c'est un métier !), la couleur était moins vive, le vin plus gourmand… et moi beaucoup plus gaie !!! Un peu de patience, ce pineau d'Aunis se révélera bientôt pour vous sous son nom de scène : X Noir. A ce propos, pour les fêtes, qu'on se le dise, les bouteilles de pétillants endossent des habits de lumière…

Sortir de son lit

C'est l'été de la Saint-Martin. On a peine à le croire quand on met le nez dehors, mais c'est pourtant vrai. Cette expression fait sens en Touraine. La légende veut que les bords de Loire refleurirent en plein mois de novembre, quand le corps du saint homme, mort à Candes le 8 novembre 397, fut ramené en bateau à Tours, où il fut inhumé le 11 novembre. J'ai bien vu quelques valérianes en fleurs sur les murets du Saumurois, cette semaine, et certains prétendent que des lilas ont refleuri. Mais de ce temps pourri, il n'y a bien que la Loire pour sortir de son lit. Vu du pont Wilson, à Tours, le fleuve a repris ses droits sur la ville, la privant de ses parkings riverains, recouvrant les îles d'où n'émerge plus que le sommet des arbres. La crue est à son comble : 2 200 mètres cubes à la seconde, ça laisse songeur. Et la pluie qui n'en finit pas de tomber. Hier soir, il pleuvait même dans le théâtre du Nouvel Olympia, où l'on jouait Le Roi Lear, de Shakespeare. Une pièce marathon de 3 h 40 formidablement interprétée par une troupe de Montpellier talentueuse et généreuse. Juste un entracte au bout de deux heures, le temps de se ressaisir avec un verre de vouvray, pas d'abandon à déplorer parmi les spectateurs, conquis par cette interprétation moderne et magistrale du grand William. Une révélation pour moi qui n'ai aucune culture du dramaturge anglais, et encore moins du théâtre élisabéthain. Il a plu sur scène, disais-je, et ce n'est pas une image. Il tombait des hallebardes, pour de vrai, et l'orage grondait durant la tempête cruciale de l'acte III, où le roi, chassé et trahi par ses deux filles aînées, devient fou. Surprenants, ces effets spéciaux dans un décor par ailleurs extrêmement dépouillé. Surprenant, ce texte librement adapté, au lexique et au jeu modernes (des insultes de notre temps, des expressions bien actuelles, des acteurs parmi les spectateurs). Voilà qui rend accessible un texte dense et complexe. Amour filial, hypocrisie, trahison, fidélité, tromperie, folie, vengeance, honneur et dignité…, il y a de tout cela dans les deux intrigues qui s'entremêlent. Beaucoup de morts aussi, qu'ils soient bons ou mauvais. La morale pourra aller se rhabiller. Un verre de XNoir dans la main, bien au chaud devant une cheminée crépitante, je repense aujourd'hui à ce chaos théâtral, à ce chaos cérébral, que les bulles dissipent avec délectation. Je repense à l'incroyable modernité d'une pièce écrite au début du XVIIe siècle. Shakespeare, comme le tumulte des hommes, est indémodable.

Eloge de la volupté

Il est des mots, comme volupté, qu'il suffit de prononcer, même dans sa tête, pour en éprouver un certain plaisir. Le même plaisir sensuel qu'une gorgée de bon vin, dont la saveur perdure en bouche. Alors l'autre matin, quand j'ai entendu sur France Inter qu'une exposition s'appelait La volupté du goût, et qu'elle se tenait au Musée des Beaux-Arts de Tours, mon sang n'a fait qu'un tour. J'ai tendu l'oreille. C'est une exposition sur la peinture du XVIIIe siècle français, au temps de Madame de Pompadour, entre 1745 et 1765 précisément. Une période de liberté pour les artistes du siècle des Lumières. L'expo, qui a lieu jusqu'au 12 janvier, réunit une soixantaine de tableaux majeurs d’artistes comme Boucher, Fragonard… prêtés par des musées prestigieux, français et américains. On y trouve notamment une nature morte de Chardin, Le Panier de pêches, qui fit dire à Diderot : « C’est toujours la nature et la vérité les pêches et les raisins éveillent l’appétit et appellent la main ». Ce soir, c'est sur Envoyé spécial que j'ai tendu l'oreille (je ne regardais la télé que d'un oeil). On y parlait du Slow Food et j'y ai reconnu Bernard Charret, le chef des Chandelles gourmandes, à Larçay. Décidemment, après son passage dans Des racines et des ailes, au printemps dernier, cet établissement tourangeau a le vent en poupe ! J'y ai dîné en famille en mai dernier et j'y ai beaucoup apprécié la subtilité des saveurs, la qualité des préparations : des mises en bouche à base d'anguille, un foie gras fondant et succulent, un sandre de Loire cuit à la perfection. Le dessert, en revanche, m'avait un peu déçue. L'étiquette de la bouteille de pinot noir, ce vin d'Alsace à la robe rouge légère, rongée par le temps et l'humidité de la cave, était quasi illisible. Et nous avions beaucoup, longtemps attendu, entre chaque plat. C'est du Slow Food, me direz-vous. Soit. Cette tendance, qui fait tout de même 100 000 adeptes, ne relève-t-elle pas du même phénomène que j'évoquais dans Le tic-tac du carillon, hier ? Ce besoin impérieux de prendre le temps. Mais le temps, c'est de l'argent, dit-on. A cet égard, je vous renvoie sur un amusant billet, qui épluche cette expression équivoque. Quoi qu'il en soit, il y a de la volupté dans le plaisir de ripailler. Pour s'adonner à des agapes rabelaisiennes, des "Dîners de vendanges" sont organisés à partir de demain (et jusqu'au 13 décembre) dans les caves d'Ackerman, animées par une trentaine de comédiens en partenariat avec l'association Saumur, la Loire et l'Histoire. Dans cette nouvelle édition, la BD côtoie l’histoire, le bel canto et la chansonnette. Ou comment se taper la cloche sans perdre son temps !!!

Panier de pêches, 1759, Jean Siméon Chardin, huile sur toile, 38 x 46 cm. Musée des Beaux-Arts de Rennes, Dist Rmn
© Patrick Merret

Le tic-tac du carillon

Il y a des paysans dépaysants. A tel point qu'on les filme pour le grand écran. Comme des espèces menacées, ces petites gens en voie de disparition. Cet été, j'avais aimé Yvette bon Dieu !, un documentaire de Sylvestre Chatenay tourné dans une ferme de Dolus-le-Sec, dans le Lochois. On y suivait le quotidien d'Yvette dans l'exploitation familiale de polyculture-élevage, quasi autarcique. Déjà, il y avait dans ce joli film un frère aîné au mutisme stupéfiant. Dans le dernier volet de la trilogie ethnographique de Depardon, La vie moderne, il y a d'abord ce paysage fabuleux de moyenne montagne, avec deux mamelons qui captent le regard, à l'horizon. Puis on retrouve ces paysans taiseux. Le silence y est aussi important que les mots, rares, pesés et calculés comme s'il ne fallait pas gâcher, à l'image de cette vie chiche et rugueuse qu'ils ne quitteraient pour rien au monde. Sauf Daniel qui, juché sur son tracteur, confie obstinément détester son métier, mais s'avoue incapable d'en trouver un autre. Dans cette galerie de personnages attachants, que l'on rencontre dans leur ferme, toujours au bout d'un chemin, il y a beaucoup d'abnégation. Un attachement à la terre impossible à comprendre pour qui n'est pas né fermier. Une façon de tripoter un Opinel sur une toile cirée. Je me suis demandé pourquoi ce monde-là pouvait fasciner. Certes, ces films ont valeur de témoignage face à la déliquescence de cette campagne désertée. Mais il y a autre chose. Pour avoir vécu, ou plutôt ne pas avoir survécu à la campagne, il y a cette façon de se retrouver seul face à soi-même et aux éléments naturels. Chose impossible en ville, où le silence, rien que le silence, n'existe pas. L'horizon non plus. Il y a ce fantasme du citadin de pouvoir vivre dans l'autosubsistance, à l'ancienne, en "cultivant son jardin", en se contentant d'un rien. Aucun besoin. Ça fait du bien. Dans ces films, on prend le temps. D'écouter l'autre, de répéter, d'observer et de se taire. J'y ai retrouvé le tic-tac du carillon que j'entendais chez ma grand-mère.

Un président X ? Un président noir ?

L'heure est grave, le jour J. Le 4 novembre détrônera-t-il le 11 septembre au pays des dates mémorables (rappelez-vous, 1492) ? Si l'on en croit les sondages, oui. Mais prudence est mère de sûreté, pour épousseter une vieille expression menacée de disparition. Les bouchons sont dans les starting-blocks, les bouteilles au frais. X pour l'anonymat avant le résultat final. Noir pour l'espoir. Laissons de côté les opinions politiques. La possible élection d'Obama dépasse évidemment cela. Obama est noir (enfin, métis, mais le mot, curieusement, n'existe pas en anglais), Obama est jeune, Obama a du charisme. McCain est blanc, jusqu'aux racines des cheveux, il porte le nom d'une marque de frites (n'en déplaise aux Belges) et a trouvé son effrayante colistière dans une pochette surprise. Mauvaise pioche ! Je ne suis pas médisante : c'est un simple constat. Rien contre les cheveux blancs (je m'en fais de plus en plus), rien contre les frites (surtout si c'est Valérie Lemercier qui me les fait goûter ; d'ailleurs, elle aussi est devenue noire pour les besoins d'un film !). Mais cette colistière de l'Alaska, tout de même… Les frites, l'Alaska…, ça sent le surgelé tout ça ! Personnellement, je privilégie les produits frais. C'est meilleur au goût, meilleur pour la santé, meilleur pour la planète. Et justement, le sort de la planète ne semble pas laisser Obama indifférent. Celui des plus démunis non plus. En cette période de crise financière, sociale et écologique (la liste s'allonge chaque année un peu plus), ce n'est pas rien. Comme un souffle d'espoir sur le monde, qui nous réconcilierait avec ce beau pays décati.
X, encore un peu de suspense. Noir, toujours un peu d'espoir. D'ailleurs, j'écoute Lenoir, ce soir, et je bois la vie en rose.

Des fleurs dans les cabas, la mort dans l'âme

C'est bien un week-end de Toussaint. On pouvait en douter encore, samedi matin, à Tours, entre l'affluence aux Halles et la plupart des boutiques ouvertes. Dans la rue, une bise glaciale m'a bousculée alors que je tentais d'éviter les flaques et les feuilles glissantes qui gisaient au sol. Pour échapper à la grisaille et à une petite pluie, je me suis réfugiée sous les frondaisons du boulevard Béranger, où se tient depuis 1874, chaque mercredi et chaque samedi, été comme hiver, un merveilleux marché aux fleurs (l'un des plus importants de France, avec environ 60 horticulteurs, fleuristes, pépiniéristes…). En comparaison, j'avoue avoir été carrément déçue par celui de Nice… Le marché aux fleurs de la Toussaint n'est pas mon favori, avec cette débauche de chrysanthèmes démesurés, dopés à je ne sais quel EPO horticole. J'ai opté pour la sobriété : une potée à petites fleurs blanches, au coeur d'un jaune délicat, que j'ai eu grand mal à rapporter chez moi. Pour contrer la morosité, je me suis acheté un jeu dans cette caverne d'Ali-Baba qu'est La règle du jeu : Time's up, édition bleue, qui consiste à faire deviner des personnages réels ou fictifs à son équipe, par une description d'abord, puis par un seul mot, puis par un mime. De bonnes soirées en perspective… Pour contrer le spleen, j'aurais dû écouter des airs primesautiers des années 80, pour reprendre une expression de Faustine, qui a investi récemment dans un coffret de 5 CD à 9,90 € (imbattable). Mais j'ai préféré la mélancolie désabusée de Christophe et de Coralie Clément, dont les derniers albums sont excellents. J'aurais dû me plonger dans L'Almanach Vermot, mais j'ai préféré Salter et MacEwan. Je savourerai ensuite la correspondance d'Anny Duperey avec la peintre Nina Vidrovitch, De la vie dans son art, de l'art dans sa vie (éd. Seuil), où l'artiste cite curieusement le deuxième ouvrage que j'ai écrit sur les oiseaux migrateurs, en 1994. Visiblement, les mots d'oiseaux la subjuguent. En parlant d'oiseaux, les cris des mésanges, mélangés à ceux d'enfants insouciants, égayaient les allées du cimetière où je suis allée jardiner sur la tombe de mon père. En repassant par le marché des Jacobins, au Mans cette fois, j'ai acheté une bouteille de coteaux-du-loir à un petit producteur de Montabon. Un pineau d'Aunis de 2005. Un cousin d'X Noir, mais sans les bulles.